
La
mort prématurée du jeune Toutankhamon avait quelqu'un peu bouleversé
les plans des architectes royaux qui s'étaient attelés, dès
son accession au trône, à l'élaboration de sa future demeure
d'éternité. Dix ans est un délai bien court pour mener
à bien des travaux dignes d'un Pharaon et lorsque le roi mourut, les
travaux de sa tombe initiale avaient-ils probablement à peine débuté.
Il fallut, rapidement, trouver une parade et c'est ainsi qu'il fut inhumé
dans une tombe ne répondant pas, malheureusement, au schéma d'une
tombe royale traditionnelle. En effet, le tombeau du petit roi répond
davantage aux exigences d'une simple sépulture privée et l'on
pense que la seule, à l'époque, en mesure de recevoir le sarcophage
royal fut celle du divin Père Aÿ. On adapta donc pour Toutankhamon
cette tombe providentielle.

On accède
à la tombe par un escalier large d'1,68 m et comptant seize marches.
Dès le début, les six dernières marches attirent l'attention
de Carter. En effet, si les dix premières sont creusées dans le
roc, les dernières semblent constituées de pierres jointes au
plâtre. Comment expliquer cette particularité ? D'après
les chercheurs, la totalité des marches aurait dû être creusée
à même la roche mais, en raison de l'encombrement du matériel
à introduire au plus profond de l'hypogée, force fut de constater
que le mobilier en question, chapelles et sarcophages ne pourraient être
introduits sans dommage si les six derniers degrés ainsi que les piédroits
et le linteau de la porte ouvrant sur le couloir n'étaient pas momentanément
supprimés. Une fois tous les éléments du matériel
funéraire mis en place, plus rien n'empêchait les ouvriers de reconstituer
ce qu'ils avaient détruit !

La première
porte scellée fait suite aux escaliers. Enduite de plâtre et de
facture assez grossière, elle offre la particularité d'être
recouverte d'empreintes de sceaux, les uns remontant à l'origine de la
tombe, les autres apposés probablement après les pillages. Et
ces doubles empreintes intriguent aussitôt Carter et l'amènent
à penser que, selon toute vraisemblance, des intrus ont pénétré
dans le tombeau après les funérailles du roi, violations très
proches dans le temps de la cérémonie funéraire. Et à
la manière d'un fin limier exploitant toutes les indices exposés
sous ses yeux, Carter retrace l'historique des pillages : peu après l'ensevelissement
de Pharaon, une première équipe de pillards pénètre
dans le tombeau, le couloir est libre d'accès, les vandales n'ont aucun
mal à se glisser au cur de l'hypogée mais le résultat
de leur pillage se limite à quelques larcins provenant du banquet funéraire
et des rites de la momification, restes que l'on retrouve enfouis dans le fameux
puits 54 cité plus haut. En conséquence, les responsables de la
nécropole décident d'obturer le couloir d'accès à
l'aide de gravats et apposent, à leur tour, leurs sceaux.

Cependant, une deuxième tentative
est perpétrée par une autre équipe de pillards qui ne se
laissent point impressionner par l'énorme remplissage et creusent un
petit tunnel dans la partie gauche des gravats. Ils réussissent à
arriver jusqu'à la Chambre funéraire brisant les sceaux qui scellent
la porte. Qu'ont-ils réussi à dérober, pas facile de faire
l'inventaire des pièces emportées. Probablement ont-ils manqué
de temps pour dégager tout ce qu'ils désiraient, gênés
aussi par l'étroitesse des lieux, probablement aussi ont-ils été
dérangés dans leur coupable activité. Toujours est-il que
les prêtres, une nouvelle fois, tente d'interdire l'accès de la
tombe en rebouchant le tunnel et en apposant leurs sceaux sur la porte.

La deuxième porte est quasiment
identique à la première, elle ouvre sur la première grande
salle de la tombe appelée Antichambre ou Salle de la Royauté