"
Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la Vallée : une tombe
somptueuse dont les sceaux sont intacts ;
l’avons refermée jusqu’à votre arrivée ; félicitations !"
Howard Carter
En
construction, bientôt, la suite des aventures..
Vous
êtes à l'ankh 
La
Salle de la Royauté ou Antichambre
"
Il faut imaginer comment les objets nous apparurent, à la lumière
de notre lampe, première lueur à percer l'obscurité du
tombeau depuis trois mille ans. L'effet était prodigieux, bouleversant
Je pense que nous n'avions pas formulé en termes exacts ce que nous nous
apprêtions à voir. En tout état de cause, nous n'avions
certainement jamais rêvé à une telle chose. Toute une salle
pleine d'objets dont les uns nous semblaient familiers et les autres inconnus,
empilés les uns sur les autres avec une profusion qui, apparemment, semblait
inépuisable
Tous les fouilleurs connaissent ce sentiment de respect,
presque de gêne, que l'on ressent lorsqu'on pénètre dans
une chambre fermée par des mains pieuses des siècles plus tôt.
Un instant, le temps s'abolit. Trois ou quatre mille ans se sont écoulés
depuis qu'un pied a foulé ce sol pour la dernière fois. Pourtant,
à mesure que l'on note des traces de vie autour de soi, on a l'impression
que c'était hier. L'air que l'on respire, le même depuis des millénaires,
on le partage avec ceux qui déposèrent la momie dans le caveau.
Et chacun de ces petits détails vivants accroît le sentiment de
se comporter en intrus. "

Tels
sont les sentiments qui touchèrent Carter en pénétrant
dans cette première pièce qui fait suite au long corridor décrit
précédemment, la plus vaste de toutes celles qui composent l'hypogée.
Elle fut nommée
Antichambre par Carter qui, fort de ses expériences
passées dans la Vallée des Rois, en avait déduit que la
matériel entreposé en ce lieu avait de grandes chances d'être
identique à celui entreposé dans la salle précédant
la chambre sépulcrale des grandes tombes royales. Mais, C. Desroches
Noblecourt a nommé aussi cette pièce du joli nom de
Salle de
la Royauté en raison, bien sûr, des nombreux objets à
vocation purement royale qui y furent découverts.
Caractéristiques
premières
Pièce orientée Nord-Sud
Longueur : 7,85 m, largeur : 3,55 m, hauteur : 2,68 m.
Aucune fresque, aucune inscription, absence totale de décoration, murs
simplement blanchis au plâtre. 700 objets répertoriés.
Le 29 novembre 1922, soit près de 25 jours après la première
descente des marches, Carter et la suite des curieux autorisés pénètrent,
enfin, dans l'Antichambre au terme d'une cérémonie d'ouverture
assez émouvante et solennelle. Il faut avouer, cependant, que, dès
le 26 novembre, nos deux acolytes, poussés par une fantastique curiosité
bien compréhensible avaient tenté d'entrevoir par un petit trou
aménagé dans la deuxième porte scellée, une infime
partie des mystères cachés dans l'obscurité. Pressé
par Carnarvon qui se tenait derrière lui de dire s'il voyait quelque
chose, Carter avait prononcé ces mots passés, eux aussi, dans
l'Histoire :
" Oui, des choses merveilleuses,
, d'étranges animaux,
des statues et l'or, partout le scintillement de l'or
"
En ce nouvel instant, le silence est retombé, l'émotion est trop
forte, ne sont-ils pas des intrus à violer, ainsi, cette demeure d'éternité
? Pourtant, force est de constater que des pillards les avaient précédés,
très probablement à deux reprises. Les fonctionnaires de la nécropole
avaient bien tenté de remettre un peu d'ordre après cette violation
mais il était à peu près sûr que les objets rangés
à la hâte n'avaient pas retrouvé leur emplacement d'origine.
Carter eut l'intuition qu'il faudrait agir avec beaucoup de discernement et
d'organisation afin de répertorier au mieux les sept cents objets qui
encombraient la Salle. Méthodiquement, chacun des spécialistes
s'attela à la tâche qui lui revenait de droit : Burton photographiait,
Hall et Hauser dessinaient, Mace et Lucas restauraient tandis que Carter dégageait
soigneusement les objets afin de les acheminer vers deux endroits destinés
à les accueillir temporairement : la tombe de Sethi II réquisitionnée
comme laboratoire et la tombe 55 utilisée comme atelier photographique.

Tout
aussi méthodiquement, la découverte de la Salle se fit en évoluant
à partir de la droite de la porte. Voici la liste des trésors
peu à peu découverts d'après un panoramique de C. Desroches
Noblecourt (CD Toutankhamon) :

Tabouret aux
pieds en forme de canards sauvages

Arc votif, longueur
1, 34 m

Siège
royal, hauteur 24,2 cm

Coffre en calcite,
dimension 1,33 m

Chaise en cèdre,
hauteur 96 cm

Porte-chandelles
ou torchères, hauteur 23 cm

Trompette, longueur
50 cm, épaisseur 2 à 2,5 cm, diamètre du pavillon 9 cm

Cannes, l'une
d'une longueur de 102 cm, l'autre de 115 cm

Mannequin du
Roi, hauteur aux épaules 76,5 cm, largeur aux épaules 42 cm

Coffre en ébène,
ivoire et bois rouge, hauteur 48,5 cm, largeur 53 cm, longueur 73 cm

Petit naos plaqué
d'or, naos sans traîneau, hauteur 50,5 cm, largeur 26,5 cm, profondeur
43 cm

Fauteuil du Roi
enfant, hauteur 71,8 cm, largeur 36,8 cm, profondeur 39,3 cm

Coffret peint,
hauteur 44 cm, longueur 61 cm, largeur 43 cm

Trône,
hauteur 1,04 m, largeur 53 cm, profondeur 64,5 cm

Tabouret de l'enfant
au sema-taouy d'or, hauteur 45 cm, largeur 45 cm, profondeur 43 cm

Malle à
brancards, hauteur 63,6 cm, largeur 60,7 cm, longueur sans brancards 83 cm,
longueur avec brancards 1,27 m

Lit rituel à
tête de guépard, longueur 1,80 m, largeur 0,91 m

Statues du Ka
Royal-Horakhty de Toutankhamon, hauteur 173 cm, largeur aux épaules 46
cm

Grand coffre
peint en blanc, longueur 1,36 m

Coffre au sema-taouy,
hauteur 28 cm, largeur 37,1 cm, profondeur 32,7 cm

Lit rituel à
tête d'hippopotame, longueur 2,37 m, largeur 0,91 m, hauteur 1,34 m

Chars, longueur
totale 2,89 m, largeur du caisson 1,01 m, hauteur du caisson 0,805 m, profondeur
intérieure du caisson 0,485 m

Coupe, hauteur
18 cm, largeur 17 cm

Boîtes
blanches, longueur de 27 cm à 56 cm

Lit rituel à
tête de vache, longueur 2,07 m, largeur 0,91 m, hauteur 1,88 m

Les
sièges, trônes et tabourets
Au total, regroupés dans l'Antichambre et l'Annexe, six fauteuils royaux,
un meuble à dossier bas, douze tabourets et onze tabourets pour les pieds.

Tabouret pliant
(N° 83), de facture assez simple et classique mais aux lignes harmonieuses,
élégantes et surtout originales puisque les pieds sont en forme
de canards sauvages peints en blanc et noir. Le siège est orné
de dessins dorés imitant la peau du léopard.

Siège
royal (N° 87) dont la matière n'est pas vraiment déterminée,
(palissandre, cèdre, sapin) mais dont la teinte très sombre, presque
rouge, est rehaussée par endroit de feuilles d'or. Le siège est
incurvé pour accueillir un coussin, les pieds imitent les griffes du
lion tandis que sur le dossier est figuré le dieu de l'éternité,
Heheh, assis sur le signe hiéroglyphique de l'or (noub). Il supporte
au creux de son coude l'ankh, symbole de vie et il brandit à bout de
bras des feuilles de palmier. Tout en haut du dossier, une magnifique représentation
en or du disque solaire ailé flanqué de deux
uraeus.
Tous ces symboles conjugués, Heheh,
ankh,
signe de l'or et palmier, cobras dressés autour du soleil doivent assurer
au jeune roi une éternité longue, heureuse et prospère.

Siège
de l'enfant roi (N° 39) de très petite taille, 71 cm de haut, 36,8
cm de large et 39,3 de profondeur, probablement destiné à Toutankhamon
encore enfant, il fut trouvé sous le lit funéraire. Réalisé
en bois d'ébène noir avec incrustations d'or et d'ivoire sans
aucune inscription. Les pieds du siège imitent les pattes d'un lion,
l'ensemble est de facture assez classique, les accoudoirs intérieurs
représentent des plantes entrelacées tandis qu'à l'extérieur
sont figurés des animaux.

Trône plaqué
d'or (N°91), selon Carter "
un des plus grands trésors de
la tombe. C'est un trône totalement recouvert d'or, richement décoré
de verre, de faïence et de pierres. Les pieds qui adoptent la forme de
félins, sont surmontés d'une tête de lion, fascinante de
force et de simplicité. De superbes serpents couronnés et ailés
forment les bras du siège. Entre les montants qui soutiennent le dossier,
se lovent six cobras protecteurs. Ils sont sculptés dans le bois, dorés
et incrustés. Cependant, c'est le panneau du dossier qui donne toute
sa valeur au trône : je n'hésite pas à affirmer que c'est
la plus belle chose que j'ai jamais eu le loisir d'admirer en Egypte. "
En effet, par la finesse de sa réalisation et l'harmonie qui définit
ses formes, ce trône est une merveille inégalée encore à
ce jour. L'émotion qui se dégage de la scène figurée
d'influence irrésistiblement amarnienne en fait aussi une des pièces
les plus émouvantes du Trésor. La scène représente
Toutankhamon coiffé du hem-hem, confortablement assis sur un trône
recouvert de coussins, un bras posé sur un genou, l'autre alangui sur
le dossier du siège, ses pieds reposant sur un petit tabouret. Devant
lui, sa jeune épouse, Ankhesamon, coiffée d'une couronne composite
et vêtue d'une superbe robe de lin plissée enduit avec soin le
corps de son jeune époux d'un onguent régénérateur.
Les corps et les visages sont faits d'une pâte de verre rouge sombre et
les vêtements sont plaqués d'argent. Le couple royal est censé
se trouver dans une pièce de leur palais, à leur droite et à
leur gauche deux colonnes florales, en haut une frise aux cobras. Cette scène
de par son côté intimiste a été dictée par
une influence amarnienne évidente, influence que l'on retrouve aussi
dans la représentation, au sommet du dossier, du disque solaire Aton
dardant le duo royal de ses rayons terminés par des petites mains. D'autre
part, juste derrière le jeune Roi, on peut lire les cartouches royaux,
certains sont aux noms amarniens de Toutankhaton et Ankhesaton, d'autres sont
au nom de la religion amonienne rétablie Toutankhamon et Ankhesamon.
Très probablement, la réalisation de ce trône débuta-telle
lorsque la famille royale résidait encore à Akhetaton. Une fois
l'hérésie amarnienne achevée et le culte amonien rétabli,
on adapta aux nouvelles exigences religieuses la décoration de ce siège
sans pouvoir, faute de temps, avoir la possibilité de l'achever complètement
Les
coffres et les malles

Coffre en
bois stuqué (N° 21),
" un des plus précieux
trésors artistiques de la tombe,
, aucune description et aucune
photographie ne peuvent rendre la délicatesse des peintres qui surpasse
de loin tout ce qui a été trouvé en Egypte ".
En effet, ce petit coffre en bois stuqué et peint, long de 61 cm, large
de 43 cm et haut de 44 cm est une petite merveille de délicatesse et
d'harmonie :
Sur les deux faces latérales principales, on peut voir le jeune Roi monté
sur un char en train de combattre ses ennemis : d'un côté, il livre
bataille aux Africains, de l'autre il combat les Asiatiques. Les deux scènes
sont quasiment identiques : Pharaon, en équilibre sur son char qu'il
conduit avec ses reins, décoche des flèches meurtrières
en direction de ses ennemis tandis que des chiens dressés achèvent
les blessés. Derrière lui, suivent les porte-éventails,
les flabellum. Les soldats de Pharaon sont sans pitié, on peut en voir
un découper la main d'un ennemi mort tandis que d'autres se chargent
de ligoter les prisonniers. Au-dessus du jeune Roi coiffé du casque de
guerre, domine le disque solaire flanqué de deux têtes de cobras
portant chacun autour de leur cou l
'ankh
protectrice tandis qu'apparaissent de chaque coté du soleil
les vautours protecteurs de la royauté.
Sur les deux petits côtés, les représentations sont identiques
: au centre de la composition, les deux
cartouches
royaux entourés de deux sphinx dont le visage est celui du Roi. Là
aussi, Pharaon vainqueur foule ses ennemis sous ses pattes.
Le couvercle bombé du coffre quant à lui figure des scènes
un peu moins guerrières mais tout aussi hardies : des scènes de
chasse aux lions, aux antilopes et aux autruches, tous animaux du désert
fuyant sous les traits précis d'un Toutankhamon vindicatif.
Ce coffre transporté avec précaution eut à subir les restaurations
d'usage à base de paraffine et de celluloïd. Voici les mots de Carter
lorsqu'il ouvrit le coffre et constata, avec désarroi, l'extrême
désordre qui y régnait suite au deuxième pillage de la
tombe et conséquence de la précipitation des fonctionnaires de
la nécropole à ranger l'ensemble sans trop de discernement :
" On se fera une idée de la difficulté de l'entreprise,
lorsqu'on saura qu'il me fallut trois semaines de travail pour parvenir au fond
du coffre
Sur le dessus, à droite, on vit d'abord une paire de
sandales en jonc et papyrus en parfait état. Dessous, un chevet doré,
et, plus bas encore, une masse désordonnée de vêtements,
d'or de cuir, dont nous ne savons encore que faire. Sur la gauche, une superbe
robe royale roulée en boule et, dans le coin supérieur, des perles
en résine noire de forme rudimentaire. "
Malle
à brancards (N°32), un coffre long de 83 cm, haut de 63 cm d'une
extrême élégance et d'une grande sobriété,
un des rares coffre portatifs recensés à ce jour. Il est fait
en majeure partie en bois d'ébène sombre encadrant des panneaux
faits de cèdre plus clair et d'incrustations d'ivoire. Les brancards
constitués de quatre morceaux de bois permettaient de faciliter le transport
de cette malle et toute l'ingéniosité de l'ensemble venait du
fait que ces mêmes brancards, un fois la malle rangée étaient
repoussés sous le coffre. Le décor du coffre est très sobre
: sur les montants en ébène qui ceinturent le coffre, on peut
lire une inscription hiéroglyphique qui se détache en signes plus
clairs travaillés dans une fine pâte blanche. Sur le panneau qui
supporte le bouton du coffre, Toutankhamon fait offrande de résine et
de vin à Ounnefer, le dieu bon, autrement appelé
Osiris.
C'est la seule représentation qui figure sur cette malle que Carter retrouva
sous un lit funéraire à tête de lionne.
Chars
et voitures
" Des chars démontés, entassés en désordre,
occupaient le reste du mur Sud et tout le pan Est jusqu'à l'entrée.
Manifestement, les pilleurs les avaient malmenés pour s'emparer des revêtements
d'or mais ce n'était pas la seule raison de leur dégradation.
En effet, le couloir d'entrée était terriblement étroit
; aussi, pour les laisser passer, avait-on délibérément
scié les axes en deux et démonté les roues. Sans doute
nous faudra-t-il beaucoup de temps pour restaurer ces chars, mais le résultat
en vaudra certainement la peine. Ils sont extrêmement plaqués de
feuilles d'or et toute leur surface est ornée soit de décors en
relief sculpté sur l'or lui-même, soit d'incrustations de pâte
de verre colorée ou de pierres fines. "

Quatre
chars furent retrouvés dans l'Antichambre, tous démontés
très probablement pour faciliter leur introduction par le couloir très
étroit et pour gagner de la place dans la Salle. Les deux chars numérotés
120 et 122 sont les plus beaux, voitures de cérémonie et de parade.
De très belle facture, ils sont en bois stuqué et doré
à la feuille. Le char n° 120 présente une représentation
du
sema-taouy
ou Réunion des deux Terres. Et pour renforcer ce symbolisme d'union du
Sud et du Nord, la composition présente aussi une frise de prisonniers
immobilisés par des cordes terminées soit par des fleurs de papyrus,
soit par des fleurs de lotus.
Lits
funéraires
Trois grands lits furent découverts le long de la paroi ouest de la Salle.
La hauteur manifeste de ces meubles, entre 1,34 m et 1,56 m laisse à
penser qu'ils ont été conçus symboliquement pour faciliter
le voyage de Pharaon vers l'Au-delà et non pour un usage pratique du
vivant du Roi. Ils sont tous les trois réalisés de façon
identique (voir lit de vache) et très facilement démontables.

Premier
lit (N°35), un ouvrage aux formes particulièrement réalistes
et touchantes. Il représente un félin, lion ou guépard,
au regard superbement expressif : de ses yeux en cristal s'échappent
deux larmes qui coulent sur les bajoues incrustées de pâte de verre
bleu turquoise.

Deuxième
lit (N°73), un meuble évoquant la vache sacrée Hathor et directement
lié au mythe solaire décrit dans le livre de la Vache céleste.
La base de ce lit est constituée d'un cadre en bois rectangulaire percé
en ses quatre angles de quatre trous au creux desquels viennent s'emboîter
les pattes de l'animal. Les deux montants latéraux sont formés
par le corps et la tête de la vache : le corps est incrusté de
tâches trilobées en pâte de verre bleu tandis que sur la
tête aux yeux extrêmement soulignés de noir se dressent de
longues cornes coinçant le disque solaire. Le sommier imite la texture
d'une natte.

Troisième
lit (N°137), peut-être le plus impressionnant par l'animal qu'il figure
: probablement est-ce l'image de la Grande Dévoreuse chargée de
dévorer l'âme des défunts impurs lors du Grand Jugement
de la pesée de l'âme (
psychotasie),
cette déesse au corps hybride de félin, à la queue de crocodile
et à la tête d'hippopotame dont la gueule grande ouverte semble
particulièrement menaçante : une langue pendante en verre coloré
de rouge laisse apparaître des crocs menaçants. Mais peut-on y
discerner aussi l'image de la déesse
Thoueris,
la déesse hippopotame protectrice des parturientes et des nouveaux-nés
Les
oushebtis
L'usage de ces petites figurines est précisément expliqué
dans le chapitre
Espérance
et Résurrection. Leur dénomination et leur nombre
ont largement évolué au cours des siècles. Initialement
appelées chaoubtis, " bois " en égyptien, en raison
de l'utilisation de ce matériau pour les figurer, la période du
Moyen Empire ne propose au défunt qu'un seul chaoubti chargé de
se substituer à lui dans l'Au-Delà. Puis, au Nouvel Empire, ce
sont autant de figurines que de jours dans l'année qui s'entassent auprès
du mort, ce sont désormais des oushebtis, " répondants ",
chargés de " répondre " à la place du mort aux
nombreuses tâches agricoles qui occupent l'éternité du défunt.

Les oushebtis
de la tombe de Toutankhamon ont été trouvés dans l'Annexe
et dans la Salle du Trésor, un seul fut découvert dans la Salle
de la Royauté mais probablement venait-il lui aussi de l'Annexe. Carter
dénombra 365 oushebtis, un donc pour chaque jour de l'année, 36
surveillants, un par décade, 12 surveillants, un par mois, tous déposés
dans des boîtes de facture assez rudimentaire et sur lesquelles était
apposé le sceau de la nécropole déjà entrevu plus
haut, le chacal
Anubis.
Les matériaux utilisés varient : bois, pierre, faïence, certaines
figurines sont très simples, d'autres plus esthétiques. Toutes
sont coiffées d'une
couronne
particulière kepresh, nemes, pschent ornée de l'uraeus seul ou
des deux déesses tutélaires accolées. Certaines sont "
armées " des insignes du pouvoir fouet nekhakha,
sceptre
heqa ou des symboles tels que l'ankh ou le pilier djed, d'autres ont les mains
vides. Et l'on dénombra pas moins de 1870 outils liés à
l'agriculture : houes, paniers, pics,
Le plus beau d'entre ces oushebtis, celui découvert dans la Salle de
la Royauté est en bois peint, doré à la feuille et sur
son corps momiforme sont tracés les hiéroglyphes du Chapitre VI
du Livre des Morts :
" O toi, oushebti, écoute moi. Si je suis convoqué pour
effectuer des travaux de toutes sortes que l'on fait faire aux esprits des morts
dans l'Au-Delà, sache donc, ô oushebti, puisque tu possèdes
à présent des outils, obéis à l'homme dans son besoin.
Apprends que c'est toi qui seras condamné à ma place par les surveillants
de la Douat : tu ensemenceras les champs, tu rempliras d'eau les canaux, tu
transporteras du sable de l'est vers l'ouest. "
Le mannequin du roi
Enfin, je ne saurai clore cette page sans évoquer un objet qui, à
mes yeux, est très probablement le plus émouvant de tous les portraits
retrouvés du jeune Pharaon : il s'agit d'un buste en bois stuqué,
peint et doré, sans aucune inscription mais représentant à
l'évidence les traits du Roi encore un jeune enfant : les joues sont
pleines, les yeux délicatement cernés d'une ligne de khôl
noir remontant vers les tempes accrochent votre regard et semblent percer au
plus profond de vous-même accentuant le galbe parfait des lèvres
charnues qui dessinent un discret sourire, le menton volontaire pointe vers
l'avant, l'ensemble est d'une saisissante unité et invite à la
douceur et à la caresse des formes à peine sorties de l'enfance.
Pharaon est coiffé d'une perruque qui rappelle la coiffe de la belle
Nefertiti,
sorte de tiare évasée supportant l'uraeus royal. L'usage de cette
énigmatique statue reste encore à définir : certains y
ont vu un support magique destiné à la régénération
du Roi, d'autres, comme Carter, l'ont tout simplement définie comme un
" mannequin " sur lequel étaient esquissées, essayées
ou posées les tenues royales.

La Salle
de la Royauté avait ébloui les explorateurs par la profusion de
ses trésors : peu à peu, le monde étrange que les prêtres
avait consacré à leur petit Roi leur était apparu dans
toute son originalité et sa splendeur. La suite des évènements
allait conforter Carter et ses acolytes dans l'idée qu'ils n'avaient
pas encore tout vu : dans cette même Salle de la Royauté, une porte
murée abritait un joyau dans son écrin : au plus encore inviolé
de quatre chapelles emboîtées les unes dans les autres, la momie
royale reposait dans ses superbes cercueils. De part et d'autre de ce mur à
abattre deux statues qui se faisaient face telles des sentinelles
Je vous propose de les découvrir dans la page suivante, ce sont elles
qui ouvrent pour vous le chemin sacré de la Chambre du Sarcophage. Suivez-les
ici
Sources
Toutankhamon, le CD de Christiane Desroches-Noblecourt, voir
ici
Suite
des aventures en construction
Pas à pas au coeur de la Tombe, la Chambre
du Sarcophage