Conditions égyptiennes d'une civilisation monumentale
une influence géographique
la pensée religieuse
" L’ambition de l’art égyptien
fut de rester indéfiniment égal aux modèles
qu’il avait élaborés depuis ses origines.
D’où l’impression de fixité et de persévérant retour à la tradition ancienne,
celle des rois ancêtres.
Fière de ses premiers succès,
l’Egypte a systématiquement cherché,
plutôt que l’invention, la perfection renouvelée "    Jean Leclant
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Il y a près de trois mille ans avant Jésus-Christ se mettent en place sur les bords d’un Fleuve divinement majestueux, au cœur d’une terre habitée par les dieux, les prémices d’une brillante civilisation jusque-là inégalée, la civilisation égyptienne. Avec patience, courage et intelligence, bâtisseurs, sculpteurs, orfèvres, simples carriers et ouvriers ont érigé des monuments, des tombeaux et des temples, ont ciselé la pierre pour la rendre vivante, ont serti les pierres précieuses, ont éternisé par leurs dessins si originaux les espérances et les croyances de tout un peuple habité par la foi divine et l’admiration pour Pharaon.
De la première catarcate, antre souterraine du dieu Khnoum jusqu'au lointain Delta qui s'épanouit telle une ombelle de papyrus dans la Très Verte, l’art a fleuri pleinement défini dès le début de son histoire. Car, et c'est une des caractéristiques majeures de l'art égyptien que l'on retrouve d'ailleurs dans son complément indispensable, l'écriture, le style égyptien est d'une rare constance : tout au long des siècles qui ont nourri l'Histoire égyptienne, les architectes ont bâti selon les mêmes lois, les dessinateurs ont dessiné selon les mêmes principes. Cet entêtement à vouloir suivre une certaine forme de déterminisme aurait pu figer l'art égyptien et ses différentes expressions dans un apparent immobilisme nuisible à son évolution. Pourtant, rien de tel. Et l'on constate sur le pan architectural, par exemple, que la même mesure, la même fidélité aux règles établies depuis les premiers balbutiements président à la reproduction d'éléments récurrents. Dans le domaine de la statuaire et du dessin, l'usage du canon, règle qui fixe l'harmonie des proportions humaines, semble uniformiser les oeuvres. Et, si aux yeux des profanes, telle sculpture royale de l'Ancien Empire peut ressembler à telle autre du Nouvel Empire, l'observateur un peu plus curieux ne manquera pas d'y trouver de subtiles différences.
Cette apparente volonté de permanence obéit aux impératifs politiques des Pharaons successifs qui, s’ils doivent souvent s’adapter aux aléas de l’Histoire, ne doivent pas moins se référer aux anciennes traditions qui servent de levier politique et assurent le lien entre les différentes dynasties. L’Histoire égyptienne a déroulé l’écheveau de ses grands évènements sur près de trois mille ans : par-delà une fausse fixité, l’art s’est adapté aux formes nouvelles de l’esprit du moment dans l’espoir, toujours, d’œuvrer pour l’éternité.
Une influence géographique
Si l’on étudie la carte géographique du Double-Pays, que voit-on : deux étroites bandes vertes qui accompagnent la course sinueuse du Nil bleu du Sud au Nord. A l’Est et à l’Ouest quelques collines rompent la monotonie d’un désert qui étale ses sables rougeoyants à l’infini du regard. Aucun obstacle n’entrave la vue que l’on porte sur ce paysage sans fin. Cet horizon sans limite ne pouvait qu’accueillir une architecture à la mesure de l’espace qu’il proposait à l’imagination de l’Egyptien antique. Colossales pyramides jaillissant de la lisse uniformité, massifs mastabas qui agissent comme autant de points de repère, temples majestueux dont les pylônes une fois franchis délimitent l’orée d’une forêt touffue de colonnes élancées, autant d’images qui ne pouvaient que s’intégrer avec bonheur et simplicité dans cet univers sans bornes.
Malgré leurs masses imposantes, ces monuments nous touchent par leur grâce, leur harmonie, leur équilibre parfait rendu encore plus pur sous les rayonnements de l’astre solaire qui illumine de ses éclats dorés les lignes et les arêtes, les pointes des obélisques et les pyramidions des pyramides pour les rendre encore plus irréels. Sous une tempête de ciel bleu azuré ponctué par le vol plongeant des faucons divins, les monuments éclatent de luminosité et de brillance, tonalités qui serviront de modèles aux artistes dans le choix de leurs couleurs et de leurs nuances. Les quelques bas-reliefs retrouvés encore intacts et jalousement préservés de nos jours par les hommes de cœur et de passion que sont les égyptologues et qui ont pris le relais des artisans d’hier pour sauvegarder l’inestimable patrimoine égyptien, peuvent donner une idée des sentiments et de la joie de vivre des Egyptiens anciens, heureux habitants d’une terre de lumière.
La pensée religieuse
Une image n’est jamais gratuite en Egypte, elle est toujours une vie en puissance.
Ces quelques mots traduisent à eux seuls les principes qui ont donné naissance à l’art monumental en Egypte ancienne. Nulle autre civilisation dans le vaste monde n’a bâti avec autant de ferveur et d’abondance pour recouvrir le pays d’œuvres qui ont traversé le temps. L’art pour l’art n’a jamais existé en Egypte ancienne. Tout monument qui s’élève vers le ciel, toute production qui sort des ateliers royaux, tout dessin sculpté patiemment dans les hypogées ou sur les parois des temples obéissent à des exigences nettement plus impérieuses que celles du simple souci esthétique. Au-delà des prouesses techniques des architectes et des qualités artistiques des artisans, la pensée égyptienne nourrie par son goût prononcé pour le symbole avait élaboré les principes sacrés d’un système destiné à assurer au roi dans un premier temps, puis à tous les hommes ensuite, les garanties d’une vie éternelle après la douloureuse expérience de la mort.
La religion a façonné et influencé très fortement l’art égyptien. Ainsi, l’enveloppe matérielle de l’individu devait être le plus parfaitement préservée afin que chaque élément constitutif du composé humain puisse revivre intégralement et dans les meilleures conditions possibles (voir Espérance et Résurrection), les offrandes quotidiennes assurées par les vivants devant entretenir la survie de ces forces vitales. Enfin, conditions sine qua non qui alimentèrent l’art égyptien, il fallait concevoir des réceptacles qui prennent le relais des corps inanimés, ce sont les statues, les corps de rechange, supports rendus vivants par la magie de la sculpture et qui abritent le ba du défunt ; mais il fallait aussi concevoir des tombeaux, des hypogées dont les éléments soigneusement définis serviraient d’appareil magique de résurrection.
Chaque étape de la construction artistique obéit à des critères spécifiques, rien n’est laissé au hasard, tout peut s’expliquer. L’emploi de la pierre résout le délicat problème de la survie de l’édifice dans le temps : la pierre répond à ce souci, matériau d’éternité fait pour durer, il résiste aux vents, aux sables et à l’usure du temps. Telle ou telle pierre sera employée plutôt qu’une autre suivant la destination symbolique que l’on veut lui donner, telle pierre précieuse répondra à telle exigence. Dans le domaine de la représentation, nous le verrons un peu plus loin, l’élaboration de certaines règles qui ont fait du dessin égyptien un dessin unique dans le monde ne s'est pas faite par hasard. Si l’on dessine, si l’on sculpte, c’est pour créer une image que l’on désire vivante : le terme créer prend ici toute sa valeur première, créer c’est donner naissance, il faut mettre au monde une œuvre d’art afin qu’elle puisse répondre à toutes les attentes que l’on a placées en elle. On peut dire que l’art égyptien fut un art utilitaire même si ces deux notions peuvent sembler contradictoires dans notre société contemporaine où la question de savoir si l’art doit être utile ou inutile a alimenté bon nombre de sujets de dissertations philosophiques. L’Egyptien quant à lui, ne s’est pas posé la question : l’art ne recherche pas la beauté pour elle-même, il est essentiellement indispensable pour atteindre l’immortalité. Et c’est tant mieux si, grâce aux talents et à l’intelligence de tout un peuple, le subtil jeu des proportions, des formes, des harmonies et des lumières a pu avec grand bonheur produire des œuvres d’une beauté parfaite à l’image de la sincérité de ses habiles créateurs.
Je vous propose de découvrir l'univers fabuleux de l’art égyptien en compagnie de ceux qui l’ont élaboré. L’univers des pyramides, le monde sacré des temples, l’incomparable production de statues, d’objets sacrés, de bas-reliefs gravés au cœur des hypogées, le petit monde des artisans autant de domaines qu’il nous faut découvrir.
Afin de mettre un peu d’ordre dans ce foisonnement génial d’idées et de talents, je vous invite à remonter tranquillement le fleuve-dieu aux mille séductions à bord d’une felouque dont les larges voiles blanches captent avec bonheur la moindre brise légère qui la pousse silencieusement vers le Sud. N’oublions pas que le Nil n’est pas un fleuve comme les autres : sa particularité le fait couler du Sud vers le Nord, originalité qui a surpris plus d’un voyageur antique.
L’Histoire de l’Egypte a commencé avec l’unification du Double-Pays à la jonction du Sud et du Nord symbolisée par l’antique Memphis (voir Prédynastique). Les premiers monuments emblématiques de l’Egypte sont apparus à cet endroit durant la période de l’Ancien Empire pour se déplacer au fil des aléas de l’Histoire et sous bien d’autres aspects vers le Sud et la région thébaine durant la période du Nouvel Empire. Cependant jamais la région memphite ne fut complètement délaissée, certains Pharaons du Nouvel Empire renouant avec les traditions du passé viendront s’installer dans cette région historique.
Le Delta du Nil
La Vallée du Nil
Le plateau de Guizeh
Pyramide à degrés de Saqqarah
Artisan au travail à Saqqarah
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