Personnages
pittoresques, RAMOSE
Vous
êtes à l'ankh 
* La redécouverte de Deir
el-Medineh
Le miracle d'une passion...
*
En construction, bientôt, la suite des aventures..
Ramsès
a pris place sous le grand dais qui le protège des ardeurs du soleil. Autour
de sa royale personne, la cour de ses sujets s’est rassemblée et, tout
comme lui, attend que Nakhtamon fasse les premières présentations. Le jeune
homme se tourne alors vers Ramose, un jeune scribe qu’il estime beaucoup,
celui-là même qui l’a choisi, lui l’humble Nakhtamon pour être le
guide de cette mémorable journée.
Ramose
est le fils d’Amenemheb et de dame Kakaia, messager officiel à Thèbes.
Malgré la coutume qui pousse le fils à suivre les traces de son père, le jeune
Ramose préfère embrasser la belle et très enviée carrière de scribe. Il pénètre
alors au cœur de cette école prisée où l’on enseigne aux jeunes
garçons avides de connaissance et de respectabilité future l’art de
l’écriture, des beaux hiéroglyphes et de la stricte comptabilité. Il
est encore tout jeune lorsqu’à vingt ans il est admis au sein du temple
funéraire du Pharaon Thoutmosis IV. Il peut être fier de ses titres, le
petit scribe, ceux que les supérieurs lui décernent ont de quoi flatter son
jeune égo : il est Scribe du
Trésor du Temple, Scribe responsable du bétail d’Amon et
Chef de l’Administration dans la Demeure du Garde du Sceau. Vers
l’âge de vingt-cinq ans un autre poste lui est confié, tout aussi enviable,
celui de scribe du temple funéraire d’un des plus célèbres fonctionnaires
du Nouvel Empire, Amenhotep fils de Hapou, Scribe et Grand Intendant du Pharaon
Amenhotep III. Enfin, une dernière mutation vers l’âge de trente-cinq
ans le propulse au cœur de la Vallée des Rois où il exercera ses talents
d’administrateur de la nécropole royale quarante années durant. Un bel
éclat de calcaire conservé au musée du Caire révèle à la postérité la fierté
qui le submergea lorsqu’il prit place au sein de cet univers si particulier
et si mystérieux aux yeux de ses compatriotes égyptiens :
" Promu
scribe dans le Lieu de Vérité en l’an cinq, troisième mois de la saison
de la crue, jour dix du roi de Haute et de Basse Egypte Ousermaâtrê Setepenrê,
Fils de Rê, Ramsès Aimé d’Amon "

Le
scribe arrive donc en ces lieux durant la cinquième année du règne de Ramsès
II, probablement fut-il placé sous la protection du vizir du moment, Paser.
La plus grande partie de son existence sera consacrée au contrôle et à la surveillance
de l’hypogée royal. Pourtant ses talents d’organisateur et de contrôleur
des travaux le mèneront aussi à exécuter pour Ramsès II un bâtiment nommé khenou
de Ramsès Meryamon, construit en briques crues entre le temple ptolémaïque
et son mur d’enceinte et considéré comme une résidence de Pharaon destinée
à recevoir le roi lors de ses visites dans la nécrople royale. Ramose s’installe
à pa demi, dans la partie la plus ancienne du Village. Le jeune scribe
s’intègre parfaitement bien au sein de la communauté, si bien qu’il
prend pour épouse une jeune fille du Village, Moutemouya. Malheureusement l’union
de ces deux jeunes gens restera stérile, aucun enfant ne viendra égayer leur
douce existence. Malgré leurs prières et les nombreuses stèles édifiées en l’honneur
des divinités liées à la fécondité telles Hathor, la Dame d’Or ou Toueris
et Min, Ramose doit se résoudre à prendre sous son aile protectrice un fils
adoptif, un jeune scribe aux talents prometteurs, Qenherkhepechef. L’histoire
se répète souvent, peut-être faut-il deviner dans cette adoption un signe du
destin dans la mesure où Ramose lorsqu’il arriva à pa demi
fut lui-même adopté par son supérieur hiérarchique, le scribe Houy.
Au
fur et à mesure des années qui s’écoulent, la réputation de Ramose ne
cesse de s’accroître, sa fortune aussi d’ailleurs et il devient
l’un de habitants les plus opulents mais aussi l’un des plus appréciés
du Village. Au crépuscule de sa vie, le vieux Ramose laisse derrière
lui, outre des terres qu’il avait reçues en dotation avant sa nomination
dans la communauté, un nombre impressionnant de stèles et de monuments divers :
une petite chapelle funéraire édifiée avant son union, rapidement supplantée
par un autre édifice inscrit à son nom et à celui de son épouse, une tombe creusée
en l’honneur de neuf femmes de sa maison et une multitude de stèles et
de statues en l’honneur de diverses divinités. Mais il laisse aussi des
temples à proximité du Village dotés de stèles, de statues, de fausses portes
toutes inscrites à son nom précédé bien sûr de ceux de Pharaon et de son vizir.
Personnages
pittoresques, QENHERKHEPECHEF

Les
vestiges retrouvés de Deir el-Medineh nous rapportent l’existence d’un
scribe hors du commun, à la personnalité fortement marquée et dont le nom est
attaché à une autre figure de pa demi, célèbre par le testament qu’elle
nous a légué, Dame
Naunakhte.
Qenherkhepechef
est le fils de Panakht et de dame Senetnefer, couple étranger à la communauté
villageoise. Lorsque le jeune homme arrive au Village, il vient à peine de sortir
de l’école de scribe, il ne doit pas avoir plus d’une quinzaine
d’années. Tout comme Ramose avait été accueilli au sein du foyer de Houy,
Qenherkhepechef fut adopté par le talentueux Ramose dont le mariage était demeuré stérile. A l’apogée
de sa carrière, Ramose découvre en ce jeune garçon un scribe aux futurs talents
très prometteurs et, un peu plus tard, Qenherkhepechef, soucieux de l’attention
affectueuse qu ‘on lui avait portée n’hésite pas à se dire
fils de Ramose et à consacrer à son père adoptif,
en guise de remerciement, un siège d’apparat en calcaire. Sous la tutelle
de Ramose, Qenherkhepechef apprend les ficelles de sa future fonction, il apprend
vite et bien et on pense qu’il devient véritablement titulaire de son
poste vers l’an 40 du règne de Ramsès II. On perd sa trace sous Ramès
III et l’on pense qu’il ne survécut pas, administrativement parlant,
à l’époque troublée qui débute avec le règne de Siptah.
Qenherkhepechef
est un être ambigu qui manifeste une très grande maîtrise de l’écrit
alliée à une insatiable curiosité intellectuelle mais les documents officiels
gardent de lui une image très peu flatteuse. Il est littéralement passionné
par les écritures, son esprit très curieux le porte naturellement vers le
passé et ses mystères. Il aime se perdre dans les méandres de l’histoire
glorieuse de son pays et recopie, par exemple, de sa détestable écriture quasiment
indéchiffrable l’histoire épique de la célèbre bataille de Kadesh qui
opposa le jeune Pharaon Ramsès II aux redoutables troupes de l’armée
hittite. Son engouement ne s’arrête pas là : il se constitue une
bibliothèque personnelle alimentée par des manuscrits et papyrus prélevés
au détriment d’autres bibliothèques. Bien sûr, il la complète de ses
propres œuvres touchant de nombreux thèmes : papyrus médicaux,
hymnes, lettres, poésies, registres domestiques. Il dresse une liste de tous
les fils de Ramsès II, élabore celle des grands Pharaons du Nouvel
Empire qui ont fait ériger leurs temples funéraires sur la rive occidentale
à l’exclusion de Hatchepsout, d’Akhenaton, de Toutankhamon et
d'Aÿ. Il consacre aussi une table d’offrandes énumérant les trois derniers
souverains de la dynastie XVII, ceux de la dynastie XVIIII et ceux de la dynastie
XIX jusqu’à Ramsès II. Un de ses ouvrages les plus curieux est un livre
de songes qui propose une intéressante interprétation des rêves les plus divers :
" Si un homme s'’aperçoit en
rêve, regardant à travers une fenêtre. Bien cela signifie que son dieu a entendu
sa prière.
Si
un homme s’aperçoit en rêve visitant Busiris. Bien, cela signifie qu’il
vivra jusqu’à un âge avancé."
Mais
la fonction première de Qenherkhepechef, celle pour laquelle il a été promu
reste celle de contrôleur de la construction de la tombe du Pharaon régnant.
Et à ce titre, il bénéficie de très nombreux avantages qui dévoilent une personnalité
très peu attrayante. Très imbu de sa propre personne, il n’hésite pas,
à l’occasion des visites royales ou de celles de hauts dirigeants, à
cribler les lieux visités de témoignages qui le glorifient en de si
impressionnantes compagnies. De nombreux endroits sont signés de graffito
portant son nom. Mais bien plus encore, sa fonction le pousse à exiger de
la part de ses subordonnés et des artisans sous sa surveillance des marques
de fidélité quelque peu déroutantes : deux accusations de corruption
furent menées contre lui et il semble bien avoir utilisé l’energie des
ouvriers de la communauté à des fins personnelles, déviation très mal comprise
dans la mesure où il se montre très peu aimable et bien peu reconnaissant
:
" Le dessinateur peintre Prehotep salue
son chef, le Scribe du Lieu de Vérité, Kenherkepechef :
Salutations.
Que signifie la façon lamentable dont tu m’as traité ? Je ne vaux
pas un âne à tes yeux.
Quand il y a du travail à faire ils vont chercher
un âne, quand il s’agit de manger, ils vont chercher un bœuf. Quand
il y a de la bière, tu ne veux pas de moi. Quand il y a du travail, tu viens
me chercher !"
Qenherkhepechef
s’allie sans honte et probablement avec beaucoup de plaisir à une autre
figure pittoresque de pa demi, le tristement célèbre Paneb et quelques
ostraca retrouvés décrivent leurs malversations communes.
La
vie privée de ce scribe aux multiples facettes nous est aussi connue par son
mariage avec Dame
Naunakhte qui a laissé en témoignage de son passage
sur la terre de Kemet un testament qui fait le bonheur des égyptologues. Il
apparaît qu’il épouse cette jeune femme lorsque celle-ci est encore
bien jeune puisqu’elle semble lui survivre quelque cinquante années
durant. Leur union demeure stérile, Dame Naunakhte n’offre aucune descendance
à son époux. Par contre, lors d’un second mariage, probablement par
retour d’affection envers son premier mari, elle gratifie du nom de
Qenherkhepechef le rejeton qui naquit de ce second lit.
Personnages
pittoresques, PANEB


Les
ans ont passé, les règnes se succèdent. Ramsès II
s'est éteint au terme d'une longue existence. Merenptah lui a succédé,
puis se fut le tour d'Amenmes. La roue tourne aussi pour les acteurs de
pa
demi : le scribe Qenherkhepechef a vieilli, il compte à présent
plus de soixante-dix ans. Du côté des contremaîtres de la
Tombe, Neferhotep le Jeune presque aussi âgé que le vieux Scribe
et Haÿ, jeune contremaître d'une trentaine d'années se partagent
la tâche. Ils surveillent tous les deux le creusement de l'hypogée
d'Amenmes quand celui-ci meurt bien brutalement. Seti II monte alors sur le
trône laissé libre et, à son tour, comme l'avaient fait
ses prédécesseurs, il se préoccupe rapidement de sa demeure
d'éternité. Presque au même moment, notre vieux Neferhotep
tombe malade ou fut
tué par l'ennemi comme le rapporte son frère
Amenakhte, on ne sait avec certitude tant les évènements politiques
qui ponctuent la succession des Pharaons Amenmes, considéré comme
un usurpateur et Seti II, considéré comme le Pharaon légitime
sont complexes.
Toujours
est-il que notre bon contremaître Neferhotep, obéissant à
la coutume de la communauté, avait pensé depuis longtemps à
sa relève. N'ayant pas eu de fils de son épouse Wekhbet, il a
adopté pour parfaire son apprentissage du métier un jeune homme,
un jeune tailleur de pierre du nom de Paneb. Paneb n'est pas un étranger
au Village, son père Nefersenout de même que son grand-père
Kes ont fait partie des deux équipes de la Tombe. Mais Paneb ne perd
rien à cet échange symbolique de paternité puisque l'existence
que lui procure son père adoptif promet d'être bien douce : Neferhotep
est l'un des hommes les plus nantis du Village, sa demeure offre toutes les
commodités et le confort que l'on peut rêver à cette époque.
L'avenir de Paneb ne semble pas être obscurci par de quelconques nuages
et pour renforcer encore un peu mieux une existence à priori tranquille,
Paneb épouse une parente du contremaître Haÿ qui dirige l'autre
équipe, une jeune femme nommée Ouabet.
Il semble bien que Paneb quitte relativement tôt
le foyer de Neferhotep, probablement sous le règne de Merenptah, pour
s'installer avec sa jeune épouse dans sa propre demeure : il désire
être enfin chez lui, commande ses propres meubles et la venue d'un nouveau-né
semble bien aussi être le point de départ de cette installation.
Et la vie s'annonce bien prospère pour le jeune contremaître :
il acquiert rapidement un confortable mobilier, de bien beaux vêtements,
sa table est toujours bien garnie, il commande très tôt la réalisation
de sa tombe, autant de symboles de richesse qui l'élèvent progressivement
sur les plus hautes marches d'un statut social envié. Paneb est un ouvrier
habile, à l'instar de Qenherkhepechef il édifie une table d'offrandes
à la gloire des Pharaons du passé, il révère ardemment
la déesse Meretseger,
les saints patrons du Village, Amenhotep
I et sa mère Ahmes-Nefertari. Bref, Paneb est un homme
respectable, tout du moins c'est la sainte image qu'il veut donner de lui. Car
la réalité est toute autre !
On
sait déjà que le jeune homme est d'une nature vive, qu'il est
prompt à l'emportement, qu'il cherche facilement querelle à ses
voisins et qu'un net penchant pour le vin et ses délices le pousse parfois
aux pires débordements. A pa demi, on s'accommode comme on peut
de ces sautes d'humeur : Paneb fait partie des notables du Village et il sait
faire jouer habilement ses relations bien placées mais lorsque la coupe
est pleine, il faut bien qu'un jour ou l'autre elle déborde. Et c'est
ce qui arrive un jour où Amennakhte, chef d'équipe de son état
ose déposer une plainte contre Paneb. L'accusation est lourde, les griefs
sont nombreux et sérieux voire très graves, les faits reprochés
à Paneb sont horribles et impardonnables et l'on pourrait mettre en doute
les accusations portées tant elles paraissent affolantes. En effet, Amennakhte
n'est autre que le frère du contremaître Neferhotep et on peut
penser qu'il fut très chagriné de ne pas avoir été
nommé à la place de Paneb. Cependant, n'oublions pas que Paneb
est le fils adoptif de Neferhotep et que malgré quelques tensions familiales,
cette forme de paternité spirituelle semble bien respectée. Toutefois,
dans un souci d'objectivité et à la lecture de sources complémentaires,
malgré un tableau excessivement sombre, il semble prudent de prendre
en compte ces accusations, Paneb n'est pas un saint, loin s'en faut ! Nous allons
le découvrir très rapidement !
Paneb
est un homme violent et brutal qui n'hésite pas à recourir à
la force :
" Il molesta sans arrêt les hommes pendant une réunion
nocturne, il se mit à marcher sur le faîte des murs en jetant des
pierres contre les hommes."
Sa reconnaissance envers celui qui l'avait adopté semble toute relative
puisqu'on ne sait vraiment pourquoi, il poursuit, un malheureux jour, son père
adoptif Neferhotep dans les rues du Village en le menaçant de mort :
" Il (Paneb) prit une pierre et cassa ses (de Neferhotep) portes, on
mit des gens à veiller sur Neferhotep parce qu'il (Paneb) avait dit :
Je le tuerai pendant la nuit. "
Les femmes sont aussi une cible parfaite pour assouvir ses débordements
même si la plupart de ces dames paraissent avoir été consentantes
à l'exception d'une jeune femme nettement moins conciliante :
" Il dépouilla Iyemouaou de son habit qu'il jeta sur le faîte
d'un mur et il la força !"
Cela ne semble pourtant pas perturber son foyer, le couple perdure contre vents
et marées
Mais, mener une vie agitée ne suffit pas à Paneb, sa haute fonction
le met à l'abri de quelconques représailles et il continue alors
de se tailler un chemin de vie bien peu respectable sur la pente scabreuse de
la corruption et des malversations. Il n'hésite pas à utiliser
pour son propre compte les hommes désignés au service de Pharaon
et il les attelle joyeusement au creusement de sa propre tombe. Pour ses propres
convenances personnelles, il détourne l'énergie de ceux qu'il
a sous ses ordres comme le cite le truculent épisode au cours duquel
Nebnufer fut absent pendant plusieurs jours, contraint d'aller faire paître
le buf de Paneb. Il va même plus loin, il pénètre
sans scrupule dans la tombe de ses collègues pour y prélever,
c'est tellement plus profitable, ce dont il a besoin pour sa propre demeure
d'éternité. Comme ces crimes restent impunis, la tentation est
trop forte de pénétrer alors dans les tombes royales notamment
celle de Seti II où, chose incroyable, non content de profaner l'hypogée
sacré et d'y prélever ce qui ne lui appartient pas, il ose s'adonner
à un comportement outrancier :
" Il vola des jarres d'huile-Ineb de Pharaon, vie, santé, force,
il prit son vin, il se mit à s'asseoir sur le sarcophage du roi alors
qu'il était enseveli
"
Mais la petite déesse de la Justice et de l'Equilibre, la douce Maât
ne peut rester éternellement insensible face à de tels actes irrévérencieux,
le coup de grâce est enfin porté contre Paneb lorsqu'il est accusé
d'avoir détourné des pierres soigneusement travaillées
du chantier de l'hypogée de Seti II pour les utiliser dans son propre
tombeau :
" Il les a emportées chaque jour à son propre tombeau
et il a érigé quatre colonnes dans son tombeau avec ces pierres
et il a pillé le Lieu de Pharaon..."
Le détournement illicite de ces pierres fut prouvé et Paneb fut
sévèrement puni, on peut même supposer qu'il fut exécuté
et c'est le vizir Hori qui prononce la lourde sentence. Après l'an II
de Siptah, le contremaître Paneb disparaît complètement des
sources administratives et un simple ouvrier, un certain Nekhemmut prend la
place du coupable : tant pis pour Amennakhte qui ne semble pas recueillir les
fruits de ses accusations.
Personnages
pittoresques, SENNEDJEM

L'ouvrier
Sennedjem est parvenu jusqu'à nous grâce aux vestiges remarquables
découverts dans sa tombe. En effet, le 2 février 1886, les hommes
de Maspero découvrent un tombeau jusqu'alors inviolé, celui de
l'ouvrier Sennedjem inhumé sous le règne de Ramsès II.
Une aubaine pour les archéologues puisqu'au cur de ce tombeau magnifiquement
décoré gisent neuf cercueils, onze momies et presque l'intégralité
du mobilier funéraire familial. Sennedjem et sa famille sont bien connus
au Village et l'on suppose que cet ouvrier fut architecte. Dans sa tombe Sennedjem
est bien sûr accompagné de son épouse Iynefert mais aussi
de plusieurs générations de parents notamment ses fils Khabekhenet,
Khonsou et Ramose (on pense que Sennedjem a eu dix garçons et trois filles).
Le mobilier retrouvé est d'une grande valeur : lit funéraire,
chaise, table, instrument de mesure, coffre à canopes et coffret à
chaouabtis, cercueil, sarcophage, etc.

La
tombe de Sennedjem est bâtie selon le
modèle
classique de la nécropole : en superstructure on
trouve une cour au fond de laquelle se dresse une chapelle pyramidale. En avant
de cette chapelle, deux puits mènent au fameux caveau qui se présente
sous la forme d'une salle voûtée haute de 2,40 m, longue de 5,12
m et large de 2,61 m.

Sur
la paroi Nord, le dieu
Anubis
conduit le défunt vers
Osiris
qui l'attend debout dans son kiosque. Puis, le dieu chacal termine l'embaument
en réchauffant le cur du défunt allongé sur un lit
à tête de lion, image que l'on retrouve très souvent représentée
dans les livres.
Sur la paroi Sud, on assiste, dans un premier registre inférieur, au
banquet funéraire tandis que sur le registre supérieur, Sennedjem
et son épouse honorent les gardiens des portes de l'au-delà. De
l'autre côté de la porte, on assiste encore au déroulement
du banquet tandis que le registre supérieur montre le défunt,
toujours allongé sur un lit à tête de lion, veillé
cette fois-ci par
Isis
et
Nephtys,
déesses soeurs symbolisées par un faucon et coiffées du
hiéroglyphe de leur nom.
Sur la paroi Ouest, Sennedjem et son épouse vénèrent les
dieux de l'au-delà assis au cur d'une chapelle surmontée
d'une frise aux cobras. Le cintre du tableau propose le dieu Anubis couché
sur une chapelle blanche et représenté deux fois.
La paroi Est est probablement la plus célèbre. Elle illustre le
chapitre 110 du
Livre
des Morts, une des vignettes les plus connues de cet ouvrage
funéraire. On peut y voir Sennedjem, toujours en compagnie de son épouse,
en train de cultiver les Champs d'Ialou, champs paradisiaques situés
dans l'au-delà. Le cintre qui surmonte cette représentation de
travaux agricoles met en scène deux babouins qui se font face, séparés
par la barque du dieu solaire.
Quant au plafond décoré de ce caveau, il montre Sennedjem vénérant
les divinités solaires et terrestres.
Personnages
pittoresques, DAME NAUNAKHTE

Parmi
les découvertes faites sur le site de Deir el-Medineh, il en est une
qui, manifestement, nous renseigne avec une remarquable précision sur
les conditions testamentaires de l'époque. En effet, le papyrus retrouvé
quasiment intact d'une certaine Dame Naunakhte est l'un des documents les plus
précieux de
pa demi dans la mesure où il se compose d'un
dossier quasiment restitué dans son intégralité.

Revenons
sur l'histoire de nos attachants personnages et arrêtons-nous un instant
sur la vie du scribe Qenherkhepeshef décrite un peu plus haut. Ce notable
épouse une jeune femme à peine nubile nommée Naunakhte,
ce qui signifie en égyptien
La Ville (Thèbes) est victorieuse.
La différence d'âge les séparant semble avoir été
considérable, quarante années très probablement et, lorsque
le scribe de la Tombe meurt à l'aube de ses quatre-vingt ans vers l'an
1 de Siptah, son épouse est encore jeune, tout au plus vingt-cinq ans
et en âge de convoler en secondes noces, ce qu'elle fait au bras d'un
ouvrier de la Tombe, Khâemnoun. Son premier mariage demeure stérile
mais l'attachement qui unit Qenherkhepechef à sa jeune épousée
est assez puissant pour que celle-ci n'hésite pas à donner à
l'un des quatre fils que lui donne Khâemnoun le nom chéri de Qenherkhepeshef.
Et la vie s'écoule, paisible, pour ce nouveau ménage. Dame Naunakhte
est un bon parti, les parts qu'elle apporte dans sa corbeille de mariage sont
importantes puisque, non contente d'hériter de ses propres parents, elle
hérite aussi des biens de son premier mari ce qui n'est pas rien puisque
Qenherkhepeshef a quand même occupé une place élevée
dans la hiérarchie sociale du Village. Dame Naunakhte met au monde huit
enfants, quatre garçons et quatre filles et au crépuscule de sa
vie elle est l'heureuse grand-mère de nombreux petits enfants. Les enfants
sont sources de joie et de fierté, certes, mais aussi sources de désillusion
et de contrariété : la vieille Dame et son vieil époux
en font la bien triste expérience. Quand chacun de leur rejeton fut en
âge de s'envoler hors du nid, les parents attentionnés leur offrirent
de quoi s'installer dans leur nouvelle vie. Cependant, et la déception
fut grande, seulement quatre se montrèrent reconnaissants et comblèrent
d'attention respectueuse les vieux jours de leurs parents. Dame Naunakhte ne
se laissa point impressionner par la désinvolture de ses rejetons indignes
et, sentant sa fin prochaine décida de mettre un peu d'ordre dans ses
affaires afin de récompenser les uns et de punir les autres.

Pour
régler au mieux sa succession, elle se présente devant la
qenbet
du Village afin de faire enregistrer par le scribe Amenakhte ses dernières
volontés sous forme de testament écrit. Nous sommes sous le règne
de Ramsès V, Dame Naunakhte avance très probablement sur ses soixante-quinze
ans. C'est ce fameux testament qui fut retrouvé lors des fouilles sur
le site et dont je vous propose quelques extraits
ici,
extraits issus du catalogue du Louvre relatif à l'exposition sur Deir
el-Medineh.
Dans le cadre de la loi égyptienne sur le partage des biens du mariage
au terme d'un divorce ou du décès de l'un de deux époux,
le mari peut disposer des deux tiers du total des biens et l'épouse du
tiers sans compter le fait d'importance que chacun des deux peut disposer librement
des biens propres acquis avant le mariage, ce qui dans le cas de Dame Naunakhte
et compte tenu de son premier mariage représente une petite fortune assez
considérable.
Naunakhte,
femme de caractère et de décision, très déçue
donc de l'indifférence de quatre de ses enfants scinde sa progéniture
en deux groupes : les enfants reconnaissants et les enfants indignes. Aux premiers,
elle remet un huitième des biens de leur père et un cinquième
de ses biens propres (soit un septième des biens du couple). Aux seconds,
elle remet un huitième des biens paternels à l'exclusion totale
de ses propres biens (soit un douzième des biens du couple).
Dame Naunakhte ne s'arrête pas à ce partage et encore plus consciencieusement,
elle élabore au sein de chacun des deux groupes de ses enfants, des degrés
de perfection et d'imperfection. Ainsi, au plus méritant, à son
aîné Qenherkhepeshef, elle lègue de son vivant, outre sa
part d'héritage, une cuvette de cuivre considérée comme
l'objet le plus cher aux yeux de la mère contrariée. Il va sans
dire que le jeune homme, en échange d'un tel don a dû se montrer
bien fidèle aux vieux jours de ses parents, leur assurant probablement
un quotidien sécurisant. Mais comme il faut toujours se monter méfiant
et de ce côté-là dame Naunakhte a de la pratique, elle ajoute
à ce don une clause spéciale obligeant son fils à verser
à son père une rente viagère sous peine d'annulation du
legs, mettant ainsi à l'abri Khâemnoun de toute défaillance
filiale. Du côté du plus indigne de ses fils, le vil Neferhotep,
le partage est simple et expéditif, il ne reçoit strictement rien,
Dame Nannakhte estimant qu'au cours de son existence il avait reçu de
la part de ses parents des largesses qu'il doit considérer dorénavant
comme la part de son héritage !

Nous
ignorons quand mourut Dame Naunakhte mais nous savons, par le truchement de
papyrus retrouvés, que ses dernières volontés furent respectées.
La sentence du tribunal ne laisse aucun doute dans les esprits :
" Quant aux écrits qu'a rédigés la Dame Naunakhte
au sujet de ses biens, ils demeureront tels quels, très exactement."
Cette histoire prouve de manière indubitable que la femme égyptienne
a possédé une autonomie juridique effective doublée d'une
indépendance de décision, autant de liberté que l'on n'a
pas toujours retrouvée dans d'autres cultures tant anciennes que modernes
!
Sources
Les artistes de Pharaon. Catalogue du Louvre 2002
La confrérie des bâtisseurs de Pharaon. M. Bierbrier
Les Créateurs d'éternité. J. Romer
Revue Egypte Afrique et Orient 25