
Medinet-Habou
est le site que choisit le grand Pharaon guerrier Ramsès III pour y construire
son
Château des Millions
d’Années. Cependant, ce lieu symbolique abritant la
butte de Djême
n’était pas vierge car dès la dynastie XI, un temple y fut élevé en l’honneur
d’Amon. Puis, à l’aube de la dynastie XVIII, Hatchepsout et Thoutmosis III modifièrent
la construction initiale pour la transformer en un temple majestueux de treize
mètres sur vingt-neuf doté d’un reposoir pour la barque d’Amon et qui devint
le but ultime de la procession de la Fête des Décades promenant tous les dix
jours Amon jusqu’en ce lieu.
J’ai
eu le plaisir, lors de mon second
séjour en Egypte, de visiter ce temple et j’avoue avoir été profondément troublée
et impressionnée : Medinet-Habou n’est pas un temple comme les autres et
ne ressemble à aucun de ceux qui jalonnent les rives égyptiennes. C’est tout
du moins l’impression première que j’ai ressentie aux portes de ce qui, pourtant,
fut conçu selon le modèle du Ramesseum de Ramsès II. Il
faut dire que la porte monumentale qui ouvre l’accès au temple a de quoi impressionner
les esprits les plus vindicatifs et je suis sûre, qu’en son temps, elle a dû
troubler bon nombre de visiteurs. Remarquablement bien conservé, il est, avec
le Ramesseum, le plus lisible et le plus représentatif de ce type de monument,
autant de raisons pour renforcer son caractère impressionnant ! Mais comme
nous sommes armés des meilleures intentions du monde, n’hésitons plus et franchissons
cette forteresse imprenable ! Photo
Le quai et le canal
Tout
comme les temples de Karnak ou Louxor, Medinet-Habou était relié au Nil par
un long canal de dérivation qui permettait aux barques processionnelles d’accoster
lors des grandes festivités annuelles. Cet embarcadère faisait face à l’entrée
du temple dotée d’une monumentale porte fortifiée.
(1) Porte ou migdol, muraille
Singulière
entre toutes, unique sur le sol égyptien, cette porte située à l’est du temple,
appelée migdol a voulu imiter l’image de la porte fortifiée syrienne comprenant
une haute tour crénelée percée de fenêtres. Et le résultat est original :
ici, ce sont deux hautes tours de pierre qui s’élèvent vers les cieux conférant
aux lieux un aspect tout à fait militaire et dissuasif. En son temps, cet ensemble
abritait de grandes salles servant probablement d’appartement royaux. Cette
porte dont le rôle protecteur ne fait pas de doute était ornée sur sa face extérieure
des représentations des rudes batailles que Ramsès III avait livrées contre
le Peuples de la Mer. Et, l’on voit encore défiler, afin de frapper encore plus
les imaginations, l’armée victorieuse traînant à sa suite les prisonniers de
guerre vaincus par le courage et la détermination de Pharaon. La face intérieure
joue sur le répertoire des grandes scènes familiales, c’est la paix retrouvée
que l’on découvre à l’intérieur de l’enceinte. Voir Photo
1 Photo
2 Photo 3
De chaque côté des deux hautes tours,
court une muraille de pierre haute de dix-huit mètres accentuant encore davantage
l’impression de forteresse inspirée par l’ensemble.
(2)
Sanctuaire de la dynastie XVIII
Après franchi la porte d’entrée, sur la droite,
s’élèvent les vestiges des constructions de la dynastie XVIII. Et l’on peut
constater qu’elles dépassent les limites de la muraille érigée par Ramsès III.
Cette chapelle fut bâtie sur ce qui est considéré par les prêtres de la cosmogonie
thébaine comme le tertre des origines, la fameuse butte de Djême dont
nous avons parlé précédemment. Voir Photo
(3)
Chapelle des Divines Adoratrices
Les Divines Adoratrices étaient les épouses mystiques d’Amon et leur
pouvoir, en tant que prêtresses du grand dieu, était considérable. Les femmes
ont toujours tenu une grande place dans la société égyptienne et, dans, le domaine
religieux, elles jouaient le rôle de chanteuses sacrées. Puis, à la Basse Epoque,
leur rôle se fit plus précis et elles devinrent symboliquement les épouses du
dieu Amon. Cette fonction échut aux filles royales, aux jeunes princesses qui,
pour l’occasion, devaient rester vierges et pures. Représentatives de la personne
de Pharaon dans l’Egypte entière, il était normal qu’une chapelle leur soit
consacrée : ici, il s’agit de deux petits monuments, l’un réservé à Aménardis,
fille du roi Kasta (dynastie XXV), l’autre conçu pour Chepenoupet, fille de
Piankhy et pour l’épouse de Psammetique I et de sa fille Nitocris. Voir
Photo
(4) Premier
pylône
Dans le prolongement de la grande porte d’entrée
se dresse un majestueux pylône, le mieux conservé de toute la région thébaine
sur le quel on peut lire les récits de la victorieuse bataille de Pharaon contre
les Peuples de la Mer. Triomphant, ayant soumis à son autorité les prisonniers
captifs, Pharaon savoure sa victoire sous la protection d’Amon-Rê et de Rê-Horakhty.
Voir Photo
(5)
Première cour
Cette première cour qui fait suite au premier pylône
est flanquée, sur sa droite de piliers osiriens et, sur sa gauche, d’une ligne
de colonnes papyriformes qui donne accès au palais royal. Voir Photo
(6) Palais royal
Ce
portique qui servait donc de façade au palais aujourd’hui entièrement détruit,
comprenait aussi une fenêtre des apparitions qui permettait à Pharaon de se
monter à son peuple. Ce palais comprenait la Salle du Trône, la chambre royale,
une salle de bains et trois petits appartements. Bel exemple de ce que pouvait
être un palais royal, il était cependant trop exigu pour contenter et abriter la famille royale à temps plein
et l’on suppose qu’il était mis en fonction uniquement lors des déplacements
de Pharaon durant les grandes fêtes égyptiennes.
(7)
Second pylône et deuxième cour
Une
volée de marches conduit de la première cour à la seconde cour, la cour des
fêtes ceinte sur deux de ses côtés de piliers osiriaques. Sur les murs de
cette cour, remarquablement bien conservées encore de nos jours, sont gravées
toutes les étapes de la Belle Fête de la
Vallée. Cependant, à l’époque chrétienne, la majeure partie des
statues élevées devant les piliers furent détruites pour permettre la construction
d’une église.
(8) Le
sanctuaire d’Amon
Au-delà de la seconde cour nous pénétrons dans le sanctuaire d’Amon précédé
d’une salle hypostyle dotée de six rangées de quatre colonnes chacune et flanquée
de salles destinées aux ancêtres du roi. Dans l’axe de cette hypostyle, deux
autres salles du même type mais nettement plus petites mènent au sanctuaire
tripartite dédié à la triade thébaine Amon, Mout et Khonsou. Malheureusement,
il ne reste pas grand chose de l’agencement de ces salles reconnaissables seulement
à l’aide d’un plan.
(9)
(10) Autres éléments du complexe
Tout près de l’ancienne construction de Hatchepsout, coincé entre celle-ci
et le mur d’enceinte, on trouve l’emplacement du lac sacré (
9), symbole des ondes primordiales et
dont les eaux participaient aux rites de purification. Dans le prolongement
de ce lac, un peu plus au Nord, les vestiges d’un
nilomètre (
10).
Medinet-Habou,
un grand centre administratif.
Sous
le règne de Ramsès III, son temple de Medinet-Habou fut le siège administratif
du gouvernement et une ville s’y développa, important centre économique thébain.
On y trouvait des magasins, les habitations des prêtres, des bureaux, une caserne
et tout ce qui contribue à la vie quotidienne d’une cité. Mais Medinet-Habou
s’étendait bien plus loin que les limites de ses propres murailles. On évalue
le personnel à son service à près de 65 000 personnes oeuvrant soit sur place,
soit dans les nombreuses dépendances de la région ou parfois, beaucoup plus
loin comme dans la région du Delta où Medinet-Habou possédait de nombreux troupeaux
et de belles vignes.
Les
remparts de Medinet-Habou furent aussi les premiers à voir se manifester les
toutes premières grèves de l’histoire, traductions légitimes du mécontentement
des ouvriers de Deir el-Medineh venus chercher auprès de l’autorité royale le
paiement de leurs salaires qu’ils étaient en droit d‘exiger et que certains
fonctionnaires bien peu scrupuleux avaient détournés à leur profit. Les manifestants
se couchaient comme l’on avait coutume de dire à cette époque, attendant
patiemment au pied de la forteresse que leurs revendications soient entendues.