Sinouhé
l’Egyptien M.
Waltari. Passage sur la momification
Sinouhé
est un tout jeune enfant quand commence ce récit. Trouvé par ses futurs parents
adoptifs sur les berges du Nil, dans un curieux couffin d'osier, il grandit
dans la belle ville de Thèbes. Il décide de suivre les traces de son père et
se prépare à devenir médecin. C'est le début d'une longue aventure, douloureuse
souvent, excitante toujours et terriblement enrichissante qui le propulsera
aux côtés d'un monarque exalté, Akhenaton, qui voulut dans son délire atonien
imposer avec une fiévreuse sincérité et une maladresse touchante une réforme
spirituelle que le peuple égyptien trop attaché à des traditions religieuses
séculaires n'était pas prêt à accepter. Pour son plus grand malheur, Sinouhé
s'est laissé prendre aux charmes envoûtants d'une mystérieuse jeune femme, Nefernefernefer.
Hypnotisé par les ordres de cette magicienne, il lui abandonne toute sa fortune,
et plus terrible encore, il gage tous les biens de ses parents. Honteux, désespéré,
déshonoré, maudit par ses amis et honni devant les dieux et les hommes, il s'en
retourne à la Maison des Morts afin d'y travailler à la momification de ses
parents qu'il avait privés, dans sa folie amoureuse, de toute espérance de vie
éternelle.
" Comme médecin, je m'imaginais
être familiarisé avec la mort et la souffrance, être endurci aux puanteurs et
au contact des abcès et des plaies purulentes. Mais lorsque j'eus commencé le
travail dans la Maison des Morts, je compris que je n'étais qu'un novice et
que je ne savais rien. A la vérité, les pauvres ne donnaient guère de peine,
car ils reposaient tranquillement dans leur bain de natron à l'odeur âcre, et
j'appris vite à manier le croc avec lequel on les déplaçait. Mais les corps
du degré supérieur exigeaient beaucoup plus d'habilité, et le lavage des intestins
et leur mise en canopes demandaient de l'endurcissement. Mais ce qui m'écœura
surtout, ce fut de constater que les prêtres d'Amon volaient les gens encore
plus après leur mort qu'avant, car le prix des conservations variait selon la
fortune, et les embaumeurs roulaient les parents des défunts et leur facturaient
de nombreux baumes et onguents coûteux qu'ils affirmaient avoir utilisés, bien
qu'ils n'employassent qu'une seule et même espèce d'huile pour tout le monde.
Les cadavres des grands étaient préparés selon toutes les règles de l'art, mais
dans les cavités des autres on se bornait à injecter une huile qui dissolvait
les entrailles, et on y insérait des roseaux trempés dans la poix. Pour les
pauvres, on ne se donnait même pas cette peine ; on les laissait sécher après
les avoir sortis du bassin salé au bout de trente jours, et on les remettait
à leur famille. Les prêtres surveillaient la Maison des Morts, mais malgré cela
les embaumeurs volaient tout ce qu'ils pouvaient, et ils jugeaient en avoir
le droit. Ils dérobaient des plantes médicinales et des huiles et onguents précieux
et des bandelettes de toile pour les revendre et les voler de nouveau, et les
prêtres ne pouvaient les en empêcher, car ces hommes savaient leur métier, s'ils
le voulaient, et il n'était point facile de recruter des ouvriers pour la Maison
des Morts. Seuls les gens maudits par les dieux et les criminels s'engageaient
comme embaumeurs, pour échapper à la justice, et on les reconnaissait de loin
à leur odeur de saumure et de morgue, si bien que tout le monde les évitait
et qu'on ne les admettait pas dans les cavernes ni dans les maisons de joie…
S'il existe un royaume du Couchant,
je crois que maints défunts seront surpris de constater combien leur corps est
incomplet pour entreprendre le long Voyage, bien qu'ils aient déposé de l'argent
au temple pour leur repos éternel. Mais la joie était à son comble lorsqu'on
apportait le cadavre d'une jeune femme. Peu importait qu'elle fut belle ou laide.
On ne la jetait pas tout de suite dans le bassin, mais elle devait passer une
nuit sur le grabat d'un embaumeur, et ceux-ci la tiraient au sort. Car tel était
l'effroi inspiré par les embaumeurs que même la plus vile fille des rues refusait
de se divertir avec eux, malgré l'or qu'ils lui offraient. Et les négresses
aussi les craignaient trop pour les accueillir. Jadis, ils se cotisaient pour
acheter des esclaves en commun, lorsqu'on en vendait de bon marché après les
grandes expéditions guerrières, mais la vie était si atroce dans la Maison des
Morts que ces femmes ne tardaient pas y perdre la raison et causaient du bruit
et du scandale, de sorte que les prêtres durent interdire d'acheter des esclaves.
Dès lors les embaumeurs durent eux-mêmes préparer leurs repas et laver leurs
vêtements et ils se contentèrent de se divertir avec des cadavres. Mais ils
s'en expliquaient en disant qu'un fois, au temps du grand roi, on avait apporté
dans la Maison des Morts une femme qui s'était réveillée pendant le traitement,
ce qui fut un miracle en l'honneur d'Amon et une joie pour les parents et le
mari de la femme. C'est pourquoi, c'était pour eux un pieux devoir de chercher
à renouveler le miracle en réchauffant de leur affreuse chaleur les femmes qu'on
leur apportait, sauf si elles étaient trop vieilles pour que leur résurrection
causât de la joie à qui que ce fût.
Quiconque s'était embauché comme
embaumeur en ressortait rarement, pour éviter les railleries des gens, et il
vivait sa vie parmi les cadavres... Chacun avait son domaine spécial, tout comme
les médecins dans la Maison de Vie, et l'un traitait la tête du cadavre, un
autre le ventre, un troisième le cœur, un quatrième les poumons, jusqu'à ce
que toutes les parties du corps eussent été préparées pour l'éternité... Avec
le temps, je me risquais aussi à poser à Ramôse des questions. Je lui demandais
tout d'abord pourquoi les embaumeurs juraient sans cesse et se battaient pour
les cadavres des femmes et ne pensaient qu'à leur passion charnelle.
" Ce sont des hommes de basse extraction et
leur volonté se meut dans la fange, tout comme le corps de l'homme n'est que
boue, si on le laisse se décomposer. Mais la boue recèle une passion pour la
vie, et cette passion a fait naître les bêtes et les hommes, et elle a suscité
aussi les dieux, j'en suis sûr. Mais plus l'homme est près de la mort, plus
fort surgit en lui l'appel de la boue, si sa volonté vit dans la fange. C'est
pourquoi la mort apaise le sage, mais elle transforme l'homme vil en une bête
qui, même transpercée par une flèche, répand sa semence dans le sable. Or le
corps de ces hommes a été transpercé par une flèche, car sans cela ils ne seraient
point ici. Ils ne causent plus de dommage ni de mal au cadavre, puisque le cadavre
est froid et ne sent rien mais chaque fois ils se font du tort à eux-mêmes en
retombant dans la boue."
Prudemment, et lentement, avec de courts instruments
enfilés dans le nez, Ramôse brisait les minces os intérieurs du crâne d'un noble,
puis, prenant de longues pinces flexibles, il extrayait la cervelle et la déposait
dans un vase contenant une huile forte.
" Pourquoi faut-l conserver
éternellement le corps bien qu’il soit froid et ne sente rien ?"
"On l’a fait et on le fera
toujours. Qui suis-je pour expliquer une coutume qui remonte au début des temps ?
Mais, on dit que, dans la tombe, le kâ de l’homme, qui est son âme, regagne
le corps et mange la nourriture qu’on lui offre et se réjouit des fleurs qu’on
place devant lui. Mais le kâ consomme très peu, si peu que l’œil humain ne peut
le mesurer. C’est pourquoi la même offrande peut servir à plusieurs, et l’offrande
au pharaon passe de sa tombe à celles des nobles et enfin les prêtres la mangent,
quand le soir est venu. »
Sinouhé
l'Egyptien M.
Waltari. Passage sur Akhenaton
C’est
ainsi que le Pharaon Akhenaton me parlait et que je parlais à mon cœur, et mon
cœur était faible et impuissant, mais le quinzième jour nous vîmes un pays qui
n’appartenait à personne et à aucun dieu. Les collines bleuissaient au loin
et la terre était inculte et seuls quelques pâtres paissaient les troupeaux
autour de leurs cabanes de roseau près de la rive. Alors le pharaon descendit
de sa barque et consacra cette terre à Aton pour y construire une nouvelle capitale
à laquelle il donna le nom de Cité de l’Horizon d’Aton.
L’une
après l’autre, les barques arrivèrent et le roi réunit ses architectes et ses
entrepreneurs et il leur indiqua la direction des rues principales et l’emplacement
de son palais et celui du temple d’Aton, et à mesure que ses favoris arrivaient,
il assignait à chacun d’eux une place pour sa maison dans les rues principales.
Les constructeurs chassèrent les pâtres avec leurs troupeaux et démolirent leurs
cabanes et installèrent des quais. Akhenaton ordonna aux constructeurs de se
bâtir des maisons en dehors de la ville, cinq rues du nord au sud et cinq de
l’est à l’ouest, et chaque maison avait la même hauteur et dans chacune il y
avait deux chambres identiques et l’âtre était au même endroit, et chaque pot
et chaque tapis avait la même place dans toutes les maisons, car le pharaon
voulait l’égalité entre tous les constructeurs, afin qu’ils vécussent heureux
dans leur ville en bénissant le nom d’Aton.
Mais
bénissaient-ils le nom d’Aton ? Non, ils le maudissaient et ils maudissaient
aussi le pharaon dans leur incompréhension car il les avait attirés de leur
ville dans un désert où il n’y avait pas de rues ni de cabarets mais seulement
du sable et des roseaux. Aucune femme n’était contente de sa cuisine, car elles
auraient voulu allumer les feux devant leur maison, en dépit de l’interdiction
elles déplaçaient sans cesse cruches et tapis, et celles qui avaient beaucoup
d’enfants jalousaient celles qui n’en avaient pas. Les gens habitués au sol
de terre battue jugeaient les planchers d’argile malsains et poussiéreux, tandis
que d’autres disaient que la glaise de la Cité de l’Horizon n’était pas comme
ailleurs, mais qu’elle était certainement maudite, parce qu’elle se fendillait
au lavage.
Ils
voulaient aussi planter des légumes devant leurs maisons, selon leur habitude,
et ils n’étaient pas contents des terrains que
le pharaon leur avait alloués en dehors de la ville et ils disaient que l’eau
y manquaient et que c’était trop loin pour y porter le fumier. Ils étendirent
leur lessive à sécher sur des cordes à travers les rues, et ils gardèrent chez
eux des chèvres malgré l’interdiction lancée par le pharaon pour des raisons
d’hygiène et à cause des enfants, si bien que je n’ai jamais vu de ville plus
mécontente et plus querelleuse que celle des constructeurs durant l’édification
de la nouvelle capitale. Mais ils finrent par s’accoutumer et se résigner, ils
cessèrent de maudire le pharaon et ne pensèrent plus à leurs anciens foyers
qu’en soupirant mais sans désirer sérieusement y retourner. Mais les femmes
gardèrent les chèvres dans les maisons.
Puis
vint l’inondation avec l’hiver mais le pharaon ne regagna pas Thèbes, il resta
logé sur sa barque d’où il gouvernait le pays. Chaque pierre posée et chaque
colonne érigée le réjouissait, et souvent en voyant se dresser de belles maisons
de bois le long des rues il riait d’un air méchant, car il pensait à Thèbes.
Il consacra à la Cité de l’Horizon tout l’or pris à Amon, mais les terres du
dieu furent partagées entre les pauvres qui désiraient cultiver le sol. Il fit
arrêter tous les navires qui remontaient le fleuve et il acheta leurs cargaisons
pour créer des ennuis à Thèbes, et il activa tellement les travaux que les prix
du bois et de la pierre montèrent et qu’un homme pouvait gagner une fortune
en amenant un chargement de poutres de la première chute à la cité de l’Horizon.
Une foule d’ouvriers étaient accourus et logeaient dans des cabanes sur la rive
et ils pétrissaient l’argile et faisaient des briques. Ils construisaient les
rues et les canaux d’irrigation, et ils creusaient le lac sacré d’Aton dans
le parc du pharaon. On amena aussi des buissons et des arbres et on les planta
après la crue, et on planta aussi des arbres fruitiers en plein rapport, si
bien que l’été suivant le pharaon put déjà cueillir, d’une main ravie les premières
dattes, figues et grenades mûries dans sa ville...


Description
d’Hérodote sur la momification Hérodote,
Histoires
"
Ils pleuraient et enterraient leurs morts de la manière suivante. Lorsqu'un
homme important meurt, toutes les femmes de la famille se couvrent le visage
et la tête de boue, puis avec tous les parents, quittent le mort et errent dans
la ville en se lamentant, le vêtement replié à la taille, montrant leur poitrine.
Les hommes se lamentent aussi, les vêtements ouverts de la même manière. Cela
fait, ils portent le corps aux embaumeurs. Il est des hommes dont c'est le seul
rôle et qui sont les seuls à savoir faire ce travail. Lorsqu'ils recouvrent
une dépouille mortelle, ils montrent aux parents des modèles réalisés en bois
peint à l'effigie parfaite du défunt.
La
première manière d'embaumer un défunt, disent-ils, est le secret exclusif d'un
homme et ils ne sont pas autorisés à prononcer son nom. La deuxième manière
qu'ils me montrent est moins parfaite que la première, mais plus économique.
La troisième est la moins chère de toutes. Après avoir expliqué cela, ils demandent
aux parents de quelle manière ceux-ci souhaitent que soit préparée la dépouille.
Les parents, après avoir arrêté le montant des dépenses s'en va, laissant les
experts à leur ouvrage.
Si
c'est la technique la plus élaborée qui a été choisie, ils extraient tout d'abord
le cerveau au moyen d'un crochet en métal et injectent des substances à la place.
Puis avec un couteau de pierre éthiopienne affûté, ils font une ouverture près
de la hanche, extraient les intestins, nettoient l'abdomen en le rinçant avec
du vin de palme et des épices grillés. Ils remplissent ensuite l'abdomen avec
de la myrrhe pure broyée, du cassier et d'autres épices à l'exception de l'encens,
puis ils cousent l'anus. Ceci fait, ils placent le corps dans le salpêtre pendant
soixante-dix jours, c'est le temps accordé à l'embaumement. Passés les soixante-dix
jours, ils lavent le corps et l'enveloppent entièrement de bandelettes de lin
enduites de mastic, substance que les Egyptiens utilisent comme colle. Puis
ils rendent la dépouille aux parents. Ceux-ci construisent une figure de bois
creuse à forme humaine dans laquelle ils placent le corps qu'ils enferment et
conservent dans un sarcophage appuyé debout contre un mur. C'est la manière
la plus coûteuse.
Pour ceux qui choisissent
la formule intermédiaire, moins chère, les embaumeurs remplissent leur seringue
d'huile de cédrat et remplissent immédiatement l'abdomen du mort, sans pratiquer
aucune incision et sans enlever les intestins, mais en injectant le liquide
par l'anus en s'assurant qu'il ne parte pas. Ensuite ils embaument le corps
pendant le nombre de jours prescrits. Le dernier jour, ils laissent sortir l'huile
qu'ils avaient injectée. Cette huile est si forte qu'elle emporte avec elle
tous les intérieurs dissous. Les chairs sont consumées par le salpêtre de sorte
qu'à la fin il ne reste que la peau et les os. Les embaumeurs rendent le corps
à la famille sans rien faire d'autre.
Lorsqu'ils
mettent en pratique la troisième méthode choisie pour les morts par les pauvres,
ils nettoient l'abdomen en effectuant un lavement, embaument le corps dans le
salpêtre pendant soixante-dix jours et le rendent à la famille.
Les
corps des épouses des hommes importants et des femmes d'une certaine réputation
ou d'une grande beauté ne sont pas immédiatement confiés aux embaumeurs. On
les laisse trois ou quatre jours à leur famille pour éviter que les embaumeurs
ne prennent la liberté d'avoir avec elles des rapports charnels. »
Description d’Hérodote
sur les animaux d’Egypte Hérodote,
l’Enquête, éditions Gallimard
L’ibis
(II, 76) "
Il est tout entier d’un beau noir ; il a les pattes de la grue, un bec
fortement recourbé et la taille du crex. C’est l’ibis noir, qui lutte contre
les serpents. Une autre espèce d’ibis (car il y en a deux) se mêle plus familièrement
aux hommes : cet oiseau a la tête et la gorge chauves et son plumage est
blanc, sauf sur la tête, le cou, et les extrémités des ailes et de la queue,
qui sont d’un beau noir."
L’hippopotame
(II, 71) "
Voici les caractéristiques de cet animal : c’est un quadrupède qui a le
pied fourchu, les sabots du bœuf, un museau camus, la crinière du cheval, des
dents saillantes, la queue et le hennissement du cheval et la taille des bœufs
les plus gros. Son cuir est si épais que, lorsqu’il est sec, on en fait des
hampes de javelines."
Le
crocodile (II, 68)
"
C’est un quadrupède, mais il vit également sur la terre et dans l’eau. Il pond
ses œufs et les fait éclore sur la terre et il passe la plus grande partie de
la journée sur terrain sec, mais la nuit toute entière dans le fleuve, car l’eau
en est plus chaude que l’air nocturne et la rosée. C’est, de tous les êtres
vivants qui sont connus, celui qui passe de la plus petite taille à la plus
grande : si, à sa naissance, le petit ne dépasse les dimensions de l’œuf,
il croît au point d’atteindre dix-sept coudées, et même davantage. Il a les
yeux du porc, mais des dents longues et saillantes."


L’écriture
(II, 36)
"
Les Grecs écrivent et disposent les jetons qui servent à calculer en déplaçant
la main de gauche à droite : les Egyptiens vont de droite à gauche, et
ce faisant ils assurent qu’ils écrivent à l’endroit, et les Grecs à l’envers.
Ils ont deux sortes d’écriture appelées l’une sacrée, l’autre populaire."
Extraits d’Hérodote
sur l’écriture
Extraits d'Hérodote sur
les pyramides
Kheops
et la construction de la Grande Pyramide
" Kheops réduisit le pays à la misère la plus
totale… obligeant les égyptiens à travailler pour lui : on ordonna aux
uns de transporter les pierres des monts d’Arabie jusqu’au Nil, aux autres de
les décharger, après le trajet en barque, au-delà du fleuve, puis de les emporter
jusqu’aux flancs des montagnes dites de Libye. Cent mille hommes travaillèrent
ainsi par roulement de trois mois et, pendant dix longues années, le peuple
fut réduit en esclavage pour construire la route par laquelle les pierres étaient
acheminées… les souterrains, creusés dans la roche sur laquelle s’élève la pyramide
destinée à être le sépulcre du roi et entourée par les eaux du Nil distribuées
par un canal… Kheops atteignit un degré de perversion tel que, se trouvant à
court d’argent, il prostitua sa propre fille, lui ordonnant ainsi de gagner
une certaine somme… Elle obéit aux ordres de son père mais, voulant elle aussi
laisser un souvenir, elle demanda à chacun des hommes venus la voir de lui donner
une pierre et, avec toutes ces pierres, fit construire la pyramide intermédiaire
des trois qui se dressent devant la plus grande."
"A certains, il fut commandé
le transport des pierres des carrières jusqu'au Nil... à d'autres le transport
le long du fleuve dans de grandes barques. On travaillait sans interruption
pendant trois mois par roulement d'équipes de 100.000 hommes... Il fallut dix
ans pour construire la route le long de laquelle était traînés les blocs de
pierre, faite de pierres carrées décorées de figures et d'animaux. Dix ans employés
à faire cette route et les chambres creusées dans la roche qui sert de base
aux pyramides... Vingt ans furent nécessaires pour exécuter la Grande Pyramide...
Revêtue de pierres taillées, polies et jointes à la perfection, la pyramide
fut ainsi réalisée : d'abord comme une suite de degrés avec une série de paliers...
puis, dès que les paliers étaient finis, les pierres restantes étaient soulevées
avec des machines avec des petites poutres (morceaux de bois courts). Les machines
portaient les pierres du sol au premier niveau, là elles étaient chargées sur
d'autres machines déjà prêtes et soulevées jusqu'au second niveau et de celui-ci
au troisième et ainsi de suite, car il y avait autant de machines que de paliers
dans le site des gradins. On parachèvera les parties les plus hautes de la pyramide
puis les suivantes et enfin les parties les plus basses et celles de la base."


Le langage du Ramesseum
C. Desroches-Noblecourt dans son ouvrage Ramsès
II, page 197
Ramsès II avait été profondément
ébranlé par la réforme religieuse d’Aménophis IV. Cette réforme audacieuse,
traduite dans l’architecture même ne lui avait pas échappé. En ordonnant la
construction du Ramesseum, sur la rive gauche de Thèbes,…, il avait envisagé
les moyens de reprendre plus discrètement, sans choquer l’ensemble du clergé,
cette éclatante démonstration des rites de régénération. Ramose lui avait alors
suggéré de prendre modèle sur ce qui avait déjà dû inspirer Aménophis IV, et
que l’architecte Senenmout, un précurseur de la réforme, avait réalisé pour
la reine Hatchepsout : les mains de l’image momiforme de la reine dans
sa grande galerie de piliers osiriaques à Deir-el-Bahari tenaient effectivement,
non seulement les sceptres osiriens, crochet-Héqa et fouet-Nekhakha,
mais aussi les deux signes solaires, ânkh signe de vie et ouas
souffle et force solaire, qu’Aménophis IV à son tour placera dans les petites
mains terminant les rayons d’Aton. Cependant, Ramsès préférait de beaucoup utiliser
les deux images conçues par Aménophis IV, moins intellectuelles, plus explicites,
en les dépouillant néanmoins du réalisme amarnien .
Il
fit donc ajouter une seconde cour au plan prévu initialement pour son temple :
l’une d’elles devait être bordée d’un péristyle orné de piliers osiriaques traditionnels,
évoquant l’état du souverain au début de la cérémonie de régénération, c’est-à-dire
enveloppé du suaire ; l’autre cour, d’architecture semblable, était également
entourée de piliers, mais contre lesquels l’image du roi, les pieds encore joints,
était vêtu du pagne des vivants et portait la coiffure solaire. Ces images du
roi renouvelé étaient flanquées de statuettes d’enfants royaux. Lorsque Ouser-Maât-Rê-Setepen-Rê,
après que sa nef eût abordé devant le quai du temple, passa à travers la grande
porte du pylône du Ramesseum, sa satisfaction fut totale à la vue de ses effigies
en image solarisée, telles que la foule pourrait l’admirer au sortir du sanctuaire,
une fois rénové pour l’année entière. Après avoir contemplé son immense colosse
flanquant le montant sud de la porte, au fond de la cour, et constaté les préparatifs
pour l’érection du colosse nord, passant alors dans la seconde cour avant d’aborder
la salle large à colonnes papyriformes, il put retrouver l’image royale momiforme
dressée devant chaque pilier ; comme les précédentes, ces statues mesuraient
16 coudées : la hauteur de l’inondation idéale… Plus que jamais la statuaire
participait à la signification et à l’efficacité du rite sur le cheminement
de Pharaon, durant les fêtes du Nouvel An.


Ramsès II, le Ramesseum,
la Fête de Min C.
Desroches-Noblecourt. CD Rom sur Ramsès II
Autre héritage de l’époque
amarnienne, la technique des reliefs en creux qui procurait aux images des effets
d’ombre et de lumière. Dans son temple jubilaire, Ramsès suivait personnellement
une nouvelle évocation des fêtes de Min, plus complète que celle du temple de
Louxor. L’artiste avait terminé les dessins des trois épisodes de la régénérescence
de la nature royale. L ‘ensemble de ce relief devait montrer plus de deux
cents personnages.
A
la tête de la procession, il y avait d’abord le maître des cérémonies tenant,
semble-t-il, un rouleau de formules à la main. Son costume se compose d’une
chemise aux manches évasées et plissées, d’un long pagne et d’un tablier bouffant.
Il est suivi de quatorze prêtres au crâne rasé, torse nu, le tour du cou signalé
par une incision. Chacun porte une statue royale représentant une sélection
d’effigies de pharaons depuis la première dynastie, tenant dans les mains le
signe de vie ankh.
En tête Ramsès lui-même, suivi de Seti I, Ramsès I, Horemheb, Aménophis III,
Thoutmosis IV, Aménophis II, Thoutmosis III et d’ancêtres encore plus lointains.
Il est à remarquer, entre Horemheb et Aménophis III, l’absence du 4ème
Aménophis, de Toutankhamon et de Aÿ, ainsi que celle de la reine Hatshepsout
entre Thoutmosis III et Aménophis II. Ramsès voulait certainement ménager la
susceptibilité du clergé, toujours sensibilisé par l’évocation de la trouble
période amarnienne mais aussi des signes avant-coureurs ébauchés par la reine
Hachepsout et son savant conseiller Senenmout.
La suite du cortège est composée des prêtres portant des offrandes alimentaires
et des breuvages dans des récipients en or. Puis des porteurs d’enseignes à
l’emblème d’Oupouaout, le jeune chien ouvreur des chemins devant lequel se dresse
l’uraeï.
L’épisode suivant marque le point
culminant, l’instant où le mystère du renouvellement du roi va s’accomplir.
La reine Nofretari exécute une danse rituelle
s’accompagnant en chantant un hymne. Elle est vêtue d’une tunique rouge, étroite,
découvrant les chevilles, le collier ousekh sur la gorge, ses deux mains fermées
se rejoignant sur sa poitrine. La tête est recouverte d’une perruque bleue lapis-lazuli.
Devant elle : le taureau blanc.
Ses cornes encerclent le globe solaire surmonté de deux hautes plumes d’autruche.
Sur son col est posée une bandelette rouge.
Dans le registre inférieur, nous retrouvons
les statuettes des ancêtres mais, cette fois-ci, posées sur le sol. Le roi,
tourné vers le sud, occupe le centre de la scène. Pharaon coupe une gerbe de
blé à l’aide d’une faucille en cuivre noir damasquiné d’or. C’est l’offrande
de l’épeautre au dieu Min, pendant qu’un prêtre chante l’hymne en déroulant
son papyrus dont le texte est inscrit en hiéroglyphes devant et au-dessus de
lui.
Deux actions ont lieu simultanément dans
ce nouvel épisode : le rite relatif aux âmes de l’orient et l’envol
des oiseaux vers les quatre points cardinaux, porteurs du message concernant
l’achèvement de la cérémonie sacrée.
Le roi est coiffé du pschent encerclé d’un
diadème d’uraeï. Cette fois-ci il porte la barbe postiche bleue, jaune à la
base. Le costume royal, identique à celui de l’épisode précédent, est richement
orné. Il tient dans sa main droite deux épis de blé et un bâton bleu terminé
en forme de croix. De l’autre main, il soutient une sorte de lance rituelle.
Le premier rite des âmes de l’orient
est exécuté par deux officiants qui tournent la tête vers les maîtres des cérémonies.
Ils tiennent à deux mains une queue de taureau devant un emblème que les textes
nomment les âmes de l’orient et qui est en rapport avec l’animal sacré
du dieu Min. Les paroles proférées par les deux prêtres exécutant les rites
sont inscrites au-dessus et derrière le prêtre en haut du registre.
A l’issue du deuxième rite, quatre oiseaux
sont lâchés aux quatre coins cardinaux, avec pour mission de proclamer le renouvellement
royal par la célébration des mystères du dieu ithyphallique Min.



Vous êtes
à l'ankh 