Une
certaine idée du pouvoir et de la gestion économique
Dès
la fin de l’Ancien Empire, les principes
de la royauté égyptienne furent quelque peu malmenés. Ce fut une période délicate
où la société amorça une mutation irréversible.
Nous sommes sous la royauté de Pepi II dont le règne
interminable ne semble jamais vouloir prendre fin. Les grands chantiers royaux
se font de plus en plus rares, les mastabas des hauts dignitaires prennent,
au contraire, des dimensions stupéfiantes, dans les nomes les charges des nomarques
ne sont plus octroyées par Pharaon mais se transmettent de père en fils et les
temples sont exemptés d’impôts. Le pouvoir central n’est plus en
mesure de contrôler un système qu’il avait lui-même défini. Les provinces
s’enrichissent au détriment d’autres régions plus faibles, et plus
grave, au détriment de la capitale. Pepi II s’envole vers ses pères,
le pouvoir est à l’agonie, l’Egypte est alors plongée dans la crise
de la Première Période Intermédiaire.
La lumière viendra du Sud, des princes de Thèbes qui canaliseront l’énergie
des nomarques un peu trop gourmands en les faisant participer à l’effort
de colonisation de la Nubie. Dans le Fayoum, les énergies seront utilisées à
redorer le blason royal et à reconstituer ses richesses perdues. La royauté
de Sesostris III entraîne quelques bouleversements dans l’organisation
administrative de la province. En effet, il décide de supprimer la charge de
nomarque et nomme trois vizirs, un pour le Sud, un pour le Nord et un pour la
Basse-Nubie,. Ainsi domptés, l’énergie et la prétention des nomarques
à quelque hégémonie s’affaiblissent. On assiste dès lors à la montée d’une
nouvelle classe que certains s’accordent à nommer bourgeoise mais que
l’on qualifiera plutôt de moyenne. Voir Moyen Empire.
La
pyramide, un des monuments les plus représentatifs de la culture égyptienne,
peut apparaître aussi comme l’une des structures les plus adaptées pour
symboliser la société égyptienne. Et, effectivement, la civilisation de l’Egypte
antique s’est édifiée, structurée selon le schéma
suivant : le point culminant de la pyramide représente Pharaon, souverain élu
par les dieux et omnipotent, tandis que, s’élargissant vers la base, nous
trouvons les personnes et les organismes qui dépendent de lui : fonctionnaires,
prêtres, armée, classe humble.
L’attribution
du pouvoir absolu au roi et l’attachement aux valeurs qu’il incarne,
paix et unité dans la Maât, ont permis, entre autres, l’émergence d’une
société dont la prospérité dépendait essentiellement d’une exploitation
maximale de la terre grâce à une gestion centralisée et à une organisation administrative
rigoureuse.
L’Egypte, c’est Pharaon, suprême représentant
de l’Etat monarchique, propriétaire du Double-Pays tout entier qu’il
a reçu du démiurge, Rê et dont la cérémonie du heb-sed a officialisé
par l’imyt-per l’héritage
divin. Voir Pharaon.
Sur le plan interne, c’est Pharaon qui décide de la planification, de
la production et de la distribution des denrées de toute nature. Sur le plan
externe, c’est Pharaon qui contrôle les échanges internationaux. Les masses
humaines sont ainsi dirigées, conduites, contrôlées par une seule personne qui
décide de tout et pour le bien de tous. L’unité de direction, la centralisation,
l’utilisation par un pouvoir unique des revenus agricoles ou autres ont
mené à une économie basée sur la redistribution des denrées. Redistribution
directe ou indirecte par le truchement d’institutions spécialisées, peu
importe, du moment que le roi a pu les contrôler.
Ce
fut sûrement l’un des facteurs essentiels de la prospérité de l’Egypte
même, si à certaines époques, dites périodes intermédiaires, périodes de troubles
et de chaos, elle fut victime des vicissitudes du système qui avait participé
à sa richesse. Car quand l’autorité centrale s’affaiblit, c’est
l’Egypte toute entière qui se gangrène.
Toujours
est-il que ces tristes épisodes ont donné une bonne leçon à la royauté. Elle
s’humanise et Pharaon n’hésite pas à s’adresser à son peuple
et à communiquer davantage avec lui. Les inscriptions sur les stèles sont des
moyens de s’adresser à l’humble citoyen, au nedjes. Pharaon
est conscient du danger potentiel des nomarques mais pourtant l’histoire
recommence. La Seconde Période Intermédiaire voit l’Egypte envahie
par l’étranger Hyksos et, de nouveau, elle sera libérée par des princes
du Sud. De nouvelles expéditions guerrières permettent de juguler les prétentions des classes montantes. La royauté fait encore un effort pour
dialoguer avec le peuple. Dans la Vallée Thébaine, des temples funéraires sont
édifiés où Pharaon communique par l’intermédiaire du culte. Amon, devenu dieu d’empire et qui
s'octroie une place politique de plus en plus prépondérante. Toutefois, Thoutmosis
III, par le biais de son aura divine, affiche ses intentions politiques :
l’érection d’un obélisque, symbole solaire héliopolitain, dans le
temple d’Amon, oblige le clergé thébain à partager ses prérogatives avec
celui d’Héliopolis. L’épisode amarnien
affaiblit un temps cette influence amonienne qui reprit aussitôt ses droits
une fois Akhenaton déchu. Un certain militarisme verra le jour au travers des
royautés d’Horemheb et de Ramsès I.
Tour
à tour diverses forces sociales ont influencé la politique égyptienne :
nomarques, prêtres, militaires. Si malgré tout Pharaon exerce toujours un contrôle
étatique, ces forces internes ont, dans les moments de crises, pu se substituer
à lui.
L’unification
parfaite de toutes les potentialités des richesses du Double Pays n’a
pu se faire que par l’utilisation d’une mesure bien impopulaire :
l’imposition. En effet, au Néolithique, la naissance
de l’agriculture avait fait naître un nouveau mode d’économie, celui
du stockage des produits agricoles et, par voie de conséquence, avait entraîné
le besoin de planifier l’avenir. Afin de gérer au mieux les nombreux aléas
d’une économie basée essentiellement sur l’agriculture, l’Etat
prélevait une partie de la production qu’il emmagasinait prudemment dans
des greniers, silos, réserves afin de pourvoir aux besoins de la population
lors des années de disette ou de plus faible production. Ces impôts en nature
servaient aussi à payer les fonctionnaires ou les temples. On conçoit, dès lors,
qu’une organisation rigoureuse était nécessaire tant de la part du Palais
royal et de ses fonctionnaires que de la part des nomes et des ses nomarques.
La
société dans tous ses rouages
Le peuplement de l’Egypte
Afin
d’interpréter au mieux l’histoire économique de l’Egypte,
il serait judicieux de connaître le chiffre de la population et sa variation
au cours des millénaires. Il ne semble pas que l’Egypte ait été surpeuplée.
Sous la XIIème dynastie, la population peut avoir été dense, plus encore sous
la XVIIIème dynastie aux temps splendides de la ville de Thèbes. On peut avancer
le chiffre de neuf à dix millions d’habitants recensés sous Amenhotep
III. Le Double Pays aurait été bien peuplé, auto suffisant et sa consommation
n’aurait jamais dépassé les limites de sa propre production. Ces données
reposent sur des évaluations approximatives et ne reposent encore sur aucune
donnée vérifiée.
La population toute entière est au service de son Pharaon dont
les compétences premières furent d’organiser et de canaliser ces masses
humaines au potentiel considérable.
Pharaon détient le pouvoir absolu, certes, mais
dans l’exercice de sa toute puissance, il est contraint de s’appuyer
sur un très lourd appareil administratif. Contraint et forcé par l’ampleur
de la tâche à accomplir, Pharaon délègue une partie de ses charges à une myriade
de fonctionnaires zélés sans qui rien ne serait possible. L’Egypte, c’est
un fait, est gouvernée par la bureaucratie et ses complexités.
La société égyptienne n’est pas une société égalitaire.
Imaginons-nous au sommet de la pyramide sociale aux côtés de la divine personne
royale. Lorsque nous descendons la volée de marches qui nous mènent à la base,
nous nous éloignons de Pharaon et les chances de s’enrichir deviennent
de plus en plus minces. Tout en bas, sur la base élargie, trime le bon peuple,
la source principale de richesse du pays. Cependant, tout espoir n’est
pas perdu de remonter vers les hautes sphères du pouvoir : l’Egypte
n’est pas non plus une société de castes intangibles rigoureusement closes
sur elles-mêmes. La plupart des fonctions sociales, bon nombre de métiers étaient
certes transmissibles au fils aîné. Mais, selon les nécessités sociales ou politiques
de l’époque, accéder à un autre statut que celui reçu à la naissance par
la position sociale des parents était possible.
On peut raisonnablement penser que tous les citoyens égyptiens
étaient libres et égaux devant Pharaon. Il existait seulement des distinctions
de niveaux qui plaçaient Pharaon d’un côté, solitude absolue du roi, et
le reste de la population de l’autre.
Sous l’Ancien Empire, la préférence est accordée
à l’entourage royal. Ce premier groupe favorisé embrasse le roi
et l’imakhou, celui qui est dans l’ombre du roi. Le second
groupe comprend tous les autres sujets.
Plus tard, la distinction se fera entre les grands,
ur et les nedjes, personnes de condition modeste, les fonctionnaires.
Enfin, une ultime distinction séparera les pat,
les nobles de l’humble peuple.
Dans le droit public, l’user, le fort
sera opposé au nemehi, le faible ou huru, le pauvre.
Quelles que soient ces distinctions qui ont évolué au fil des
temps, on peut reconnaître les principes suivants :

Appareil
administratif
Quelques
essais ont été faits pour tenter d'établir des frontières entre les diverses
catégories de fonctionnaires qui occupaient l'appareil administratif égyptien.
Tentative vouée à l'échec car le cumul des charges était chose relativement
courante dans l'ancienne Egypte. Ce qui ne facilite pas, bien entendu, le travail
de l'économiste. Mais, comme nous l'avons souligné un peu plus haut, faire carrière
était possible à qui voulait s'en donner la peine et les moyens. La condition
essentielle étant cependant d'avoir poursuivi des études de scribe au terme
desquelles la réussite pouvait couronner des années de persévérance et de qualités
personnelles.
Le vizir
Le
premier grand fonctionnaire de l’Etat, le deuxième grand personnage après
Pharaon est le tjaty (tchaty), que l’on nomme improprement
par le terme de vizir. La première information que l’on ait recueillie
de sa présence remonte à l’époque de Narmer.
On peut le voir se présenter, sur la célèbre palette, devant le roi, identifié
par le signe hiéroglyphique de sa fonction. Durant l’Ancien Empire, le
titre, comme pour beaucoup de fonctions importantes tenues au sein de la société
égyptienne, est transmis de père en fils et la fonction est octroyée à un membre
de la famille royale. Au Nouvel Empire,
l’évolution montre que le titre passe entre les mains de personnages non
royaux. Théoriquement, celui qui avait fait d’excellentes études de scribe
et qui s’était distingué dans sa fonction pouvait prétendre à la charge
de vizir. L’histoire a même retenu l’exemple d’un tjaty
d’origine étrangère, Aper-El, grand prêtre d’Aton sous Akhenaton
dont le tombeau découvert récemment à Saqqarah a mis au jour ses origines peut-être
asiatiques (voir Egyptologie).
A certaines époques, il y eut deux vizirs, un pour
le Sud et un pour le Nord. La présence de vizirs plus nombreux a pu être aussi
attestée et l’on pense que ces charges étaient purement honorifiques.
L’importance de la fonction de vizir était
soulignée par le costume revêtu par ce haut fonctionnaire : pagne court,
perruques diverses, jupe très rigide. Autour du cou, un large collier pouvait
recouvrir la poitrine et, à la taille, sur le pagne, il pouvait ajouter une
peau de panthère munie encore de ses griffes. Un bâton ou un sceptre complétait
cet ensemble porté avec beaucoup de dignité par son propriétaire.
De façon générale, le vizir servait d’intermédiaire
entre Pharaon et les autres organes du gouvernement. Bras droit du souverain,
il coordonnait entre elles toutes les institutions. Son rôle était très vaste
mais une des ses fonctions essentielles était celle de Juge : il était
contrôleur des archives et il arbitrait les litiges entre les individus et entre
les institutions. Mais il était bien plus que cela.
Etudions le cas du premier grand vizir connu, le génial
Imhotep, grand vizir du Pharaon Djeser.
Il est qualifié de Premier au-dessous du roi
d’Egypte, il est Grand Prêtre d’Héliopolis et Régent
de la Grande Demeure. Pourtant, ces qualités religieuses et civiles ne suffisent
pas. Il est aussi Grand Architecte du roi. C’est lui qui innovera
dans le domaine de l’architecture funéraire en substituant à la brique
crue la pierre, matériau d’éternité. Il était, en outre, Grand Médecin
et sa réputation de sagesse traversa les siècles puisque les Grecs le divinisèrent
et l’identifièrent à Esculape.
Voyons maintenant, le cas
de Ptahhotep, vizir du roi Isesi, dynastie V, Ancien Empire. Il n’hésite pas
à se nommer lui-même Noble Prince, Ami Unique d’amitié,
Juge Suprême, Surintendant de tous les ordres royaux, Porteur
du rouleau, Scribe du livre divin, autant de titres impressionnants
que l’on peut lire gravés sur la fausse porte de son tombeau. Mais c’est
sans compter les Chancelier du roi de Basse Egypte, Préposé à Bouto,
Surintendant du Double Grenier, Surintendant de la Maison de l’Or.
On peut penser que, de part ses lourdes charges, Ptahhotep avait acquis une
profonde sagesse démontrée effectivement par son livre, les Enseignements
de Ptahhotep dont les célèbres maximes ont bercé bon nombre d’apprentis
scribes. Voir Extraits de Textes.
Passons un moment avec Mererouka, vizir du roi Teti, dynastie
VI, Ancien Empire. Son tombeau aux dimensions impressionnantes (Arts et monuments)
regorge de titres ronflants : Pupille du
Roi, Celui qui est dans le cœur du roi dans son Double Rivage,
Surintendant de tout ornement royal, Surintendant du harem du dieu,
Directeur de tout vêtement, Grand Prêtre d’Héliopolis, Vénérable
des Cinq dans la maison de Thot.
Bref, les charges du vizir sont diverses, parfois
purement honorifiques, souvent de première importance : il traite des affaires
militaires, des grands chantiers royaux, des transports, de la Justice et bien
d’autres encore. C’est le grand intendant du royaume : il dirige
les travaux exigés par l’irrigation, il surveille la crue du Nil, il ordonne
l’ouverture ou la fermeture des entrepôts, il contrôle les redevances,
mobilise l’Armée, s’occupe des déplacements royaux à travers le
pays, surveille les salaires des employés de l’Etat qui sont payés par
lui, organise l’administration des temples.
Aux époques troublées de l’Histoire égyptienne
tous ces hauts titres ont excité la convoitise de quelques nomarques qui ont
pu s’en emparer. Mais en réalité, ils n’en exerçaient pas les fonctions,
simples dignités dirons-nous, mais qui prouve les dangers d’un affaiblissement
central.

Autres ministères
Il
est bien difficile de donner ici une liste exhaustive des autres ministères
de l’Etat. Pouvons-nous citer simplement les plus essentiels :
Le Surintendant du Trésor ou ministre des Finances,
titre ayant fluctué au cours des temps. Tout comme le vizirat, il était divisé
en deux sections : le Trésor du Sud et le Trésor du Nord. Il contrôlait
tous les produits directement livrés (céréales, miel, huile, vins, caroube),
les produits manufacturés (sandales, papyrus, bois, métaux), les tributs étrangers
(peaux, arcs, boucliers). Les salaires et autres paiements étaient issus de
ce ministère.
Les biens de la Couronne étaient gérés par
un Grand Intendant chargés de la gestion des biens fonciers royaux.
La gestion du sol n’était pas une mince
affaire. Des commissions d’arpentage dirigées par un scribe du cadastre,
évaluaient les dimensions des champs et les récoltes. L’exploitation du
domaine royal permettait de pourvoir la table du roi. L’officier de
la bouche du roi, le Grand Echanson étaient placés en contact direct
avec la personne royale.
Nous pouvons aussi ajouter d’autres titres
qui demeurent encore pour nous des énigmes. Des fonctions apparaissent pour
disparaître et ne plus revenir, d’autres évoluent : Grand chef des
troupes, grand scribe royal, etc.
Les scribes
L’étude
des scribes fait l’objet d’un lien spécifique, Scribes, Maîtres es Ecritures.
Voici quelques grands traits de cette très honorable fonction.
Dans une société ou la bureaucratie tentaculaire
gère les moindres aspects de la vie économique et politique de l’Egypte,
le scribe était un personnage clé du système. Considéré comme le pilier de la
société, le scribe pouvait être fier de sa charge : dans un
pays où la majeure partie de la population était illettrée, l’écriture
conférait au scribe une aura prestigieuse. Savoir lire et écrire ouvrait les
portes de la connaissance et, en quelque sorte, d’une certaine forme de
célébrité. La matière avec laquelle il travaillait, les medou netjer,
les paroles du dieu, par la vertu magique qui leur était accordée avait
de quoi rehausser encore un peu plus leur supériorité. Symbole donc, mais aussi
rouage essentiel de vie administrative. Dans une société où le moindre fait
était noté scrupuleusement dans ses moindres détails, le scribe était un personnage
incontournable dont les listes et les registres étaient les outils du pouvoir
économique et politique. Un sentiment de fierté, souvent poussé à l’extrême,
caractérisait cette fonction dont les titulaires pouvaient recevoir les faveurs
royales. Les scribes étaient partout : ils étaient la bête noire des paysans
dont ils venaient mesurer les champs, recenser les récoltes et consigner le
moindre boisseau de grain. Ils étaient dessinés sur les bas-reliefs des tombeaux,
sculptés dans la pierre dans la noble attitude qui était la leur, la pose hiératique
du scribe accroupi, dans les écrits, bien sûr, où les enseignements se font
légion vantant ardemment les avantages du métier de scribe supérieur à tout
autre métier.
Les prêtres
Pharaon,
nous l’avons vu, était la clé de voûte de la vie rituelle
égyptienne (voir Pharaon). Dans l’absolu,
c’était lui le premier Grand Prêtre qui officiait dans tous les
rites sacrés à travers les temples. Il était le seul vrai ministre des dieux
et il était garant de la propriété divine, la terre. Cependant, au quotidien,
c’étaient des prêtres délégués par lui, en quelque sorte ses suppléants,
qui accomplissaient à sa place les rites journaliers même si Pharaon, dans l’iconographie
religieuse était toujours représenté seul officiant sur les bas-reliefs. Le
souverain cédait aux temples des terres cultivables qui leur procuraient les
moyens de subsister.
Ces personnes spécialisées étaient appelées
prêtres même si ce terme inconnu des Egyptiens n’encadre pas les mêmes
principes que nous mettons aujourd’hui sur cette fonction. Pour les Egyptiens,
le prêtre était ouab, c’est-à-dire, pur.
Les temples étaient de véritables villes, plus ou moins importantes, qui comprenaient
fonctionnaires, cultivateurs, artisans et bien sûr les religieux qui s’occupaient
du service divin. Et la vie s’organisait à l’intérieur de ces temples
qui pourvoyaient généralement à tous leurs besoins (vivres, vêtements, etc.).
Les ministres du culte comprenaient :
Les grands prêtres ou prophètes directement nommés
par Pharaon (Karnak) étaient d’habiles administrateurs et veillaient à
l’organisation et à la rentabilité du temple dont ils avaient la charge.
Dans les grands temples, comme celui d’Amon à Karnak, on a pu dénombrer
quatre grands prophètes, exemple qui souligne bien l’importance de ce
clergé.
Le
personnage le plus important après le prophète a pu être le porteur de rouleau,
papyrus sacré sur lequel était inscrit le cérémonial.
Toute une série
de servants du culte, spécialistes ou simples officiants œuvraient aussi
pour le temple. Investis de tâches précises en rapport avec le culte, ils n’appartenaient
pas au corps sacerdotal proprement dit. Le point commun avec les prêtres ouab
était qu’eux aussi devaient être purs car en contact plus ou moins direct
avec la divinité. Ils n’étaient pas membres permanents du clergé et étaient
divisés en équipes qui se succédaient par roulement. De service durant un mois,
ils attendaient que leur tour revienne. Ces servants du culte pouvaient être
les solistes qui prenaient soin de la toilette de la statue du dieu et
l’habillaient, les pastophores qui portaient les images du dieu
lors des processions, et il y avait
ceux qui s’occupaient des animaux pour les sacrifices.
D’autres
étaient spécialisés dans les observations astronomiques et astrologiques, établissaient
les calendriers des jours fastes et néfastes, l’horologue annonçait l’heure
prescrite par le rituel et enfin, indissociables du culte, il y avait les musiciens,
hommes ou femmes, le maître du chœur, les chanteurs.
La prise de service dans les temples était assujettie
à des règles rigoureuses : les prêtres ouab étaient circoncis, ils
se lavaient deux fois par jour dans une eau pure et froide où avait bu un ibis,
leur tête devait être rasée (la chevelure étant signe de deuil), leurs vêtements
étaient tissés du lin le plus fin, la laine étant proscrite, de nombreux jours
de jeûne leur étaient imposés, l’huile leur était défendue et ils ne devaient
pas saler leur nourriture, le sel étant considéré comme une abomination, la
bave de Seth. Le célibat n’était pas une obligation mais ils étaient contraints
à la monogamie.
Au cœur des temples qu’ils quittaient
très rarement, ces prêtres, seuls dépositaires de la science sacrée de l’écrit,
composaient les livres sacrés, les hymnes religieux, élaboraient de complexes
cosmogonies, s’adonnaient à la philosophie, aux mathématiques, à l’architecture,
au droit, à la médecine, à l’astrologie et à l’astronomie. Fins
théologiens, ils remaniaient sans cesse les textes, les adaptaient, créaient
des légendes mythologiques raffinées et subtiles. Excellents architectes, ils
ne furent certes pas les maîtres d’œuvre des monuments disséminés
tout au long de l’Egypte, mais ils avaient participé à leur orientation
parfaite (exemple des pyramides et du temple de Dendera, voir Arts et monuments) et avaient
fait en sorte que leurs constructions obéissent à tous les impératifs théologiques
qu’ils étaient les seuls à connaître parfaitement. Enfin,
il est important de souligner une dernière catégorie de prêtrise, celle qui
avait un rapport avec le rituel funéraire. Le plus important de ces personnages
était le prêtre sem qui avait pour tâche, lors de la cérémonie
de l’ouverture de la bouche, de rendre à la momie l’usage
de ses sens afin qu’elle puisse gagner sans encombre l’au-delà.
Le
choix des prêtres, excepté le cas du premier Prophète qui était désigné par
Pharaon, pouvait se faire par les prêtres eux-mêmes ou s’effectuait simplement
par voie héréditaire.



L’armée
Il
est évident que l’Armée joua un rôle important dans la société égyptienne.
La structure même de l’Armée ne fut véritablement opérée, et par conséquent
bien connue par les historiens, qu’à partir du Nouvel Empire. Cependant,
soldats et autres fantassins avaient oeuvré bien avant pour la gloire de l’Egypte.
Au Pré dynastique, les campagnes d’unification
de Narmer avaient mobilisé bon nombre de soldats. Pharaon soucieux de l’intégrité
du Double-Pays et désireux d’élargir ses frontières avait lancé de nombreuses
campagnes guerrières. Mais l’Armée n’était pas encore une armée
de métier. Au fil des nécessités, le vizir, les nomarques et les temples, sous
les ordres de Pharaon, procédaient à des levées de troupes temporaires.
Au Nouvel Empire, une fois l’Armée organisée
et structurée pour en faire une armée de métier, Pharaon, Chef des armées, était
secondé par son vizir chargé du recrutement et par ses généraux.
Pour se faire une idée de l’armée égyptienne de cette époque il
faut se référer aux troupes modèles du grand Ramsès II :
Les fantassins constituaient des compagnies de 200
hommes, composées de 20 pelotons et regroupées en divisions d’environ
5000 hommes sous la bannière des dieux Ptah, Amon, Rê, Seth. Les compagnies
étaient commandées par des porte-enseignes tandis que les divisions l’étaient
par des généraux. Les vaillants soldats étaient armés de javelots, d’arcs
et de flèches, de poignards et l’armure se réduisait à un calot rembourré.
Le char, emprunté à l’envahisseur Hyksos, était apprécié pour sa vitesse. A son
bord deux soldats, l’aurige qui commandait les deux chevaux et son passager
armé de son arc et de ses flèches. Considérée comme l’élite de l’armée,
réservée aux plus nantis des dignitaires, la charrerie fut bien utile pour protéger
les fantassins ou enfoncer les lignes ennemies.
A une armée de fantassins enrichie par une
armée de marine, il fallait une organisation des plus organisées. Le scribe
commis aux effectifs et le scribe commis au ravitaillement constituaient
les généraux d’administration.
Pour soutenir l’effort de guerre, Pharaon
avait aussi recours aux mercenaires. Les Nubiens, puis les Libyens formaient
des troupes auxiliaires dont l’emploi un peu trop généralisé fut peut-être
à l’origine de la décadence militaire. Lorsqu’ils n’étaient
pas en activité, les soldats résidaient dans des casernes, certains obtenaient
des lopins de terres, d’autres enfin encadraient les expéditions aux mines
et aux carrières.
Voici un bref aperçu des armes dont se servaient
les soldats égyptiens :
Arcs
et flèches
On pouvait distinguer l’arc égyptien à une
courbe et l’arc nubien à double courbe. Les flèches étaient dotées de
pointes lithiques de différentes formes, pointes encastrées et collées avec
des résines à la tige de bois.
La
massue
Elle était soit à tête discoïde soit à tête piriforme,
cette dernière devenant l’un des symboles du pharaon après l’unification
du pays.
Le
bâton de jet
Improprement appelés boomerang, ces armes furent
utilisées dès la préhistoire par les Nubiens. Elles sont présentes dans la plupart
des tombes de Nubie et, si on les fabriquait localement, un grand nombre venait
du Soudan ou du pays de Pount.
Le
poignard
Apparu dès la fin du pré dynastique, il avait une
lame en pierre remplacée plus tard par une lame en bronze. Très souvent superbement
travaillé, le manche du poignard pouvait être en ivoire finement sculpté de
bas-reliefs.
La
dague
Issue du poignard,
elle avait un pommeau hémisphérique et une large lame effilée qui se
terminait en pointe.
La
hache
D’abord en pierre puis en bronze, elle était l’arme la plus prisée
des Egyptiens.
Le
char attelé
Char de combat à deux roues tiré par deux chevaux,
il fut importé d’Asie vers la fin de la période Hyksos.
De
nouveau, nous retrouvons les principes de base de l’économie égyptienne.
Le dieu créateur a confié à Pharaon la terre d’Egypte. Le souverain gère
le bien divin, délègue certains pouvoirs à des fonctionnaires et demande aux
paysans de faire fructifier les richesses latentes du Double-Pays. A ce titre,
les paysans ont eux aussi un droit historique sur ces terres que Pharaon ne
peut vendre puisqu’elles demeurent toujours la propriété divine. Pharaon
se contente d’être le chef d’orchestre de toutes les énergies. En
l’occurrence, dans les campagnes, il intervient dans les grands travaux
hydrauliques, planifie le gigantesque réseau de canaux qui permet de maîtriser
les crues, organise les réserves qui permettront, en cas de mauvais Nil,
de lutter contre les disettes et les famines, sources de hantise pour tous les
Egyptiens. Le contrôle de l’eau est un souci permanent pour l’Etat
pharaonique. Une bonne gestion de l’eau entraîne une exploitation optimale
des sols et une prospérité économique certaine. L’astreinte des paysans
est donc très lourde, leur sort est peu enviable, pourtant sans eux rien ne
serait possible. L’agriculture est la base de la richesse et toute source
de richesse fait l’objet d’un contrôle soutenu. Un de ces contrôles
s’exerce par le biais de mesures qui ont toujours cours de nos jours,
mesures très impopulaires : les impôts.
Tout
comme pour les artisans, une page est consacrée à la vie quotidienne des paysans
dans Autres temps, autres mœurs.
La classe
humble des artisans et des paysans.
Nous
voici au pied de la pyramide sociale, la base s’est considérablement élargie
pour faire place aux artisans, paysans, masses humbles de la population qui
ne laissent pas de traces tangibles de leur passage sur terre. On ne parle guère
d’eux dans les livres, leurs tombes sont anonymes et comme le dit si justement
Posener : au pays des hiéroglyphes, le silence épigraphique des masses
rurales est regrettable.
Pourtant ce sont eux qui fournissent le plus gros
effort de participation à la vie collective :
Les artisans et les artistes
Dans
l’Egypte antique, l’art et l’artisanat ont toujours été indissociables,
l’artiste et l’artisan se confondent l’un l’autre. Le
terme hemout désigne aussi bien l’une ou l’autre
de ces activités, il est issu du verbe hemou qui signifie travailler
la pierre.
Et de nouveau Pharaon intervient en vertu du
principe même de l’économie égyptienne qui fait du souverain le contrôleur
et le distributeur de la richesse,
en l’occurrence ici, de la matière première nécessaire aux métiers de
l’artisanat. Les ouvrages sont commandés par le roi, les temples ou les
nobles. Et qu’il s’agisse d’une statue, d’un monument,
d’une tombe, l’œuvre exécutée par les artisans/artistes est
toujours collective. Les ateliers sont au service du roi qui passe commande
de ses désirs jusqu’à la Première Période Intermédiaire engendrée par la révolte sociale
de la fin de l’Ancien Empire.
Cette époque de bouleversements sociaux autorisera les artisans à se mettre
à leur propre compte et à ouvrir des ateliers privés.
L’artisan/artiste était donc un personnage
essentiel de la société égyptienne. Les
artisans étaient réunis en confréries très hiérarchisées et dépendantes de hauts
fonctionnaires. Certaines rues semblent leur avoir été attribuées et l’on
retrouve, au travers des scènes peintes, les scribes tatillons qui enregistrent
chaque étape du travail accompli comme ils l’ont fait précédemment dans
les campagnes. Le quotidien de ces hommes, leur technique de travail, l’amour
de leur métier nous sont connus surtout par les fresques sur les tombes, par
certains écrits (la Satire des métiers) et par le village redécouvert de Deir-el-Medineh
Voir Arts et monuments.
Cette page étant consacrée au statut du citoyen
égyptien, vous trouverez dans Autres Temps, autres mœurs, un petit
portrait des métiers de l’artisanat en Egypte antique.
Les paysans
Nous
avons descendu tous les degrés de la pyramide sociale. Nous voici au pied des
marches du majestueux monument. Nous touchons terre, nous prenons contact avec
ceux qui, par leur dur labeur, font vivre et survivre le reste de l’édifice :
les paysans. Ce sont eux les principaux acteurs de la richesse du pays. L’Egypte
est essentiellement vouée à l’agriculture et ce depuis les hauts temps
du Néolithique où
cette forme de subsistance s’épanouit sur les bords du Nil.



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