Un
petit rappel du plan
Vous êtes à l'ankh 
Le
système de taxation
Aux
temps pharaoniques, l’Etat qui avait le monopole sur toutes les formes de production,
prélevait une partie des revenus auprès de la population : les tristement célèbres
impôts. Ces revenus étant essentiellement agricoles, la rente portait sur tous
les biens issus de l’agriculture, de la pêche, de l’élevage, de la chasse. Prélevée
en nature, cette collecte requérait un rigoureux effort d’organisation :
une armée de fonctionnaires, de scribes, de comptables, d’arpenteurs sillonnaient
inlassablement les campagnes afin de surveiller et de contrôler la moindre parcelle
cultivable. Après la crue, au moment du retrait des eaux, il fallait de nouveau
mesurer les champs dont les limites avaient été effacées par l’inondation, prévoir
les zones qui allaient de nouveau être inondées au cycle suivant. Ces savants
calculs permettaient de prévoir la quantité de la récolte à venir, le nombre
de boisseaux qui pourraient être produits. Au moment de la récolte, ces mêmes
scribes comptaient et notaient le nombre de sacs de grains puis annonçaient
au vu des calculs effectués, l’impôt correspondant à verser par chaque communauté.
On estime que dix pour cent étaient défalqués du total. Ils constituaient la
part du cultivateur et la réserve destinée aux futures semences.
Les
responsables des troupeaux royaux inspectaient le cheptel, vérifiaient l’état
sanitaire du bétail et, de nouveau, prélevaient en conséquence. En dehors du
cadre étatique, le paysan pouvait posséder une vache et disposer des veaux qu’elle
procréait. Il devait fournir le fourrage nécessaire, pouvait la confier aux
bergers officiels auquel cas il devait verser le tribut d’un veau à l’administration,
ou la mener paître chez un parent agriculteur.
La production ainsi prélevée était emmagasinée dans
les greniers royaux disséminés à travers tout le pays.
Une
autre forme de taxation touchait le monde paysan : la corvée. Ce mode de
taxation qui faisait appel à la disponibilité de l'agriculteur au moment des
crues, c’est-à-dire lorsqu’il lui était impossible d’assumer son travail dans
les champs, permettait à l’Etat de requérir gratuitement une main d’œuvre sur
les grands chantiers royaux, pour l’entretien des canaux d’irrigation, pour
les campagnes vers les mines ou, comme nous l’avons vu, pour la conscription.
On la payait en grains et autres produits de base. L’organisation des corvées
dépendait du palais, des temples ou des nomes en fonction des besoins et nul
ne pouvait s’y soustraire. Cependant, beaucoup tentèrent d’y échapper. A l’Ancien
Empire, quelques décrets royaux nous sont parvenus qui exemptaient tel ou tel
temple de la corvée. Voir Extraits
de Textes.
Les scribes, quant à eux, se vantaient d’être, par leur fonction, au-dessus
de ces contingences matérielles. L’apparition des prisonniers de guerre semble
avoir allégé quelque peu l’astreinte du peuple égyptien à la corvée.
Malgré les rigidités inhérentes
au système, tout citoyen qui pensait avoir été lésé par le fisc pouvait demander
réparation du préjudice causé. En effet, il ne fut pas rare de voir certains
individus peu scrupuleux s’approprier à leur profit des biens qui ne leur appartenaient
pas. Ces épisodes devenaient fréquents lors de l’affaiblissement du pouvoir
central et des abus de toutes sortes frappaient la petite population durant
les douloureuses périodes de crise.


L’Egypte
est un don du Nil. Cette célèbre phrase
d’Hérodote qui présente l’Egypte comme une terre promise ne rend pas tout à
fait hommage au peuple égyptien sans le labeur duquel le Double-Pays serait
très probablement resté un marécage insalubre en proie aux assauts incontrôlés
des crues du fleuve. Hérodote, sans le vouloir, a minimisé la peine des hommes
qui ont bâti l’Egypte. L’activité essentielle qui a donné naissance à un pays
prospère est sans nul doute celle qui se déroulait sur les bords fertiles du
grand fleuve nourricier, terre, eau et soleil étant étroitement liés pour engendrer
l’agriculture et ses richesses.

L’agriculture occupa
une bonne partie de la population et la propriété terrienne demeura l’enjeu
économique le plus important pour le pouvoir politique. Les premiers Pharaons
furent aussi les premiers cultivateurs (Voir Scorpion dans
Prédynastique),
leurs successeurs se vantant ainsi tel Amenemhat I :
"J’ai cultivé le blé, vénéré le dieu du froment de chaque vallée du
Nil. Personne n’a connu la faim ou la soif durant mon règne."
L’Etat orchestrait
dans les moindres détails tous les travaux liés à la production agricole et
cela requérait évidemment une chaîne de coopération parfaitement maîtrisée tout
le long du Nil, du Sud au Nord, chaîne qui a sûrement été le trait d’union entre
la Haute et la Basse Egypte. Il semblait donc logique que l’Etat ait le monopole
sur tous les biens issus de cette forme de production.
La fécondité de la terre égyptienne, intelligemment mise à profit grâce aux
talents de gestionnaire de Pharaon et au courage des paysans, a permis une production
relativement stable au fil des ans, nonobstant les fluctuations des crues annuelles.
Les céréales
Proscynème à Osiris,
dieu grand, seigneur d’Abydos,
afin qu’il accorde l’offrande d’invocation en pain, bière, viande bœuf
et volaille.
Pain et bière sont donc au premier rang des invocations et sont révélateurs
des productions fondamentales de l’Egypte : les céréales. Elles l’ont rendue
célèbre dans tout le monde antique, notamment le blé et l’orge renommés pour
leur qualité et leur haut rendement. Les céréales étaient destinées à la consommation
humaine. Le blé, broyé sur des dormants de quartzite à broyon de granit, donnait
une farine plus ou moins fine pour la pâte à pain. Une fois salée, elle était
mise à lever au soleil ou traitée au levain de bière. La cuisson se faisait
dans un four en dôme ou sur un feu ouvert dans des moules coniques. Le pain
était l’aliment de base et demandait beaucoup de peine avant d’être présenté
sur les tables.

La saison
Akhet,
saison de l’inondation, est presque achevée, les hautes eaux ont reculé et rejoint
le lit du fleuve, la terre enrichie par le limon venu des hauts plateaux éthiopiens
peut être préparée par les paysans. Ceux-ci grattent la terre avec un araire
attelé de deux vaches (jamais de bœufs réservés aux enterrements) et tracent
des lignes où jeter les semences de blé et d’orge. Un second passage de l’araire
les recouvre. Mais la
charrue n’est pas le seul outil qui permet de recouvrir
les semences. On peut aussi lâcher un troupeau de chèvres, de porcs ou de moutons
qui, par le piétinement de leurs sabots enfoncent les graines dans la terre.
Ces semailles étaient le théâtre de rites bien étranges au cours desquels les
bergers entonnaient des chants funèbres en hommage au dieu mort et ressuscité
Osiris
qui avait enseigné aux hommes les métiers des champs (P. Montet et Loret)

Durant la saison
Peret, saison de la germination, le grain germe et croît
pour arriver à maturité. Le paysan ne se contente pas d’attendre qu’un autre
miracle se produise, le premier ayant pris l’aspect de la crue bienfaitrice.
Sous l’action du soleil, les terres se dessèchent rapidement : il faut
donc irriguer les moindres parcelles, ouvrir les écluses afin de remplir les
canaux d’irrigation et faire appel aux petits bassins de réserve constitués
au moment de la crue. Le
chadouf
est bien utile qui permet par son ingénieux système de puiser l’eau dans le
Nil et d’arroser les terrains situés plus haut que le fleuve.

La saison
chemou
est la saison la plus redoutée par les paysans car elle voit arriver dans ses
champs la sombre cohorte des fonctionnaires de l’Etat, scribes, arpenteurs,
contrôleurs qui se mettent en tête de mesurer les champs et évaluer les récoltes.
Les récoltes sont mesurées sur pied et l’on estime la quantité probable par
la mensuration au cordeau des zones à moissonner. Les moissons commencent :
les hommes coupent le sommet des tiges à l’aide d’une
faucille pour recueillir
seulement les épis et les femmes, derrière eux, les ramassent ainsi que les
graines tombées à terre. Ces gestes éreintants accomplis sous une chaleur torride
sont adoucis par le chant d’un musicien qui scande les efforts de ses collègues.
Plus rien ne doit rester sur le sol, les voleurs pourraient s’en emparer. Puis
les gerbes sont transportées à dos d’âne, souvent à dos d’hommes, afin d’être
menées sur l’aire de battage et de vannage. Une fois encore, les scribes comptables,
calames en main, comptent et recomptent les boisseaux de grains. Aucune triche
n’est permise, le voleur sera sévèrement puni. Puis, les précieuses graines
sont déposées dans d’immenses silos attendant, à l’abri, d’être distribuées
à chacun selon ses besoins ou pis, d’être utilisées en cas de disette ou de
famine.
Le lin
La production de lin rapporte aussi beaucoup à l’Etat et le calendrier de
sa culture est inséparable de celui des céréales. L’époque des labours dans
les champs correspond au moment de la cueillette du lin. Semé en été sur des
terres hors eau, il a mûri pendant la crue. Généralement, on l’arrache quand
il est en fleur. Le lin était très prisé par les anciens Egyptiens qui en faisaient
divers usages. Usage vestimentaire, d’abord, pour habiller les vivants de l’étoffe
la plus fine mais aussi les momies que l’on enveloppait dans d’interminables
bandes de tissu. Les graines récupérées avant qu’elles ne tombent produisaient
une huile utilisée pour l’éclairage. Mélangée à de l’eau de saumure et saturée
de sel, elle donnait un combustible qui ne dégageait pas de fumée.
Outre le lin, l’Egypte ne manquait pas de plantes oléagineuses. Le ricin donnait
l’huile courante tandis que l’huile de Ben tirée du moringa avait les faveurs
de la parfumerie et des soins esthétiques. L’Egypte connut l’olivier et ses
usages au hasard d’une campagne militaire du
Nouvel Empire.
Fruits et légumes
Certains légumes étaient hautement appréciés : fèves, pois chiches,
haricots ou lentilles étaient assaisonnés à l’huile de sésame. Pastèques, concombres,
laitues, oignons, aulx, poireaux, laitues comblaient l’ordinaire des repas.
Les fruits les plus consommés étaient les dattes, les figues entaillées du sycomore
que l’on incisait vertes pour les protéger d’une guêpe parasite. Les fruits
du jujubier étaient employés pour faire des gâteaux ou une confiserie raffinée
au goût de pomme. La grenade fut importée au Nouvel Empire et on l’utilisait
aussi dans la pharmacopée.
Le miel était d’un usage répandu mais restait cependant un mets de qualité réservé
à Pharaon et aux dieux. Il pouvait fournir le sucre nécessaire aux pâtisseries,
l’essentiel de la confiserie étant fourni par les dattes du dattier, le palmier
doum intervenant peu dans l’alimentation. Par contre, tous les deux jouaient
un rôle pour fixer l’eau des sols et procuraient du bois de construction.
Lait,
vin,
bière participaient à l’alimentation des Egyptiens. Je vous propose de
découvrir leur utilisation dans
Autres temps,
autres mœurs. Vous y trouverez aussi des renseignements
relatifs à l’élevage, la chasse, la pêche et passerez une journée ordinaire
en compagnie d’une famille égyptienne.
L’agriculture
L’exploitation
minière


L’économie
d’un pays tel que l’Egypte a pu se mesurer en fonction de son capital agricole
mais elle dépendait aussi de ses richesses minières. A ce point de vue, l’Egypte
possédait l’essentiel et ce capital habilement négocié lui a permis de se procurer
les matières premières qui lui faisaient défaut : le bois, les parfums
liturgiques, l’argent et, plus tard, le fer.

Tout comme
dans bien d’autres domaines, ces richesses naturelles étaient d’émanation divine.
Les pierres de construction, les différents métaux, les belles pierres précieuses
étaient placés sous la protection de tel ou tel dieu et avaient leur propre
valeur symbolique. L’Etat, sous l ‘égide de Pharaon bien sûr, qui disposait
de tout, commandait, ordonnait, organisait de grandes expéditions vers les carrières
ou vers les mines. Ces opérations d’envergure mobilisaient un grand nombre d’énergies :
sitôt l’ordre donné par le souverain, un haut fonctionnaire délégué organisait
l’entreprise qui nécessitait des hommes, bien sûr, mais aussi du matériel et
du ravitaillement. L’expédition était placée sous la protection de l’armée dont
Pharaon levait quelques troupes à cet effet.
De nombreux documents, inscriptions sur des stèles, sur des parois de temples
ou de tombes racontent les efforts déployés par ces hommes qui partaient de
nombreuses semaines affronter
les dangers du désert et les difficultés liées à l’extraction de
la pierre.
La pierre
La diversité des pierres rencontrées sur le
territoire égyptien, de la plus tendre à la plus dure, la proximité des bancs
qui se trouvaient près du Nil et qui en facilitait le transport ont procuré
au sculpteur égyptien un support de travail relativement varié. Utilisée bien
avant le Néolithique, la pierre fut largement
employée dès l’Ancien Empire dans la
grande architecture dite de pierre lancée par le Pharaon Djeser. Considérée
comme un matériau sacré, elle était réservée à la construction des pyramides,
des temples, de la statuaire, des obélisques, des sarcophages.
Les principales carrières
Assouan : extraction à ciel ouvert du granite rose, gris ou noir.
Pierre très dure utilisée dans la fabrication des sarcophages, des obélisques,
de la statuaire.
Hatnoub : carrière située au Sud d’Amarna et qui pourvoyait en albâtre,
pierre réputée pour sa transparence et que l’on destinait à la fabrication de
vases à onguents ou à parfums.
Gebel Tourah : carrière située près de Memphis. Elle livrait un
calcaire fin et tendre dont la blancheur éclatante recouvrait les parois des
pyramides leur octroyant une sublime luminosité sous les rayons du soleil.
Ouadi Hammamat : zone procurant du basalte, pierre noire très dure
destinée à la statuaire et le schiste vert.
Montagne Rouge : située près d’Héliopolis, elle livrait un quartz
jaune, pierre d’une très grande dureté.
Entre la première et la seconde cataracte : extraction de la diorite utilisée
pour la statuaire.
Les métaux
Le désert situé entre la Vallée du Nil
et la mer Rouge était patrouillé par des prospecteurs nommés sementyou.
C’est probablement grâce à eux qu’ont été découverts les gisements miniers qui
regorgeaient dans les déserts de l’Est, notamment les gisements de cuivre et
les gisements aurifères. Compte tenu des efforts déployés pour lancer de grandes
expéditions vers les mines, de la logistique déployée pour les mener à bien
et de la création d’ateliers appelés à transformer le métal, l’Etat détenait
le monopole, un fois de plus, de cette activité qu’il contrôlait sous ses moindres
aspects. Au Nouvel Empire, la métallurgie devint une véritable industrie dont
la chaîne, de l’approvisionnement sur les lieux de gisement à la transformation
dans les ateliers, était gérée par l’Etat.
Le cuivre
Il fut l’un des premiers métaux utilisé dans l’Egypte ancienne dès le Néolithique.
Avec l’apparition des techniques de la fonte et du moulage, les objets se diversifièrent :
outils, armes, vaisselle et parfois statues assemblées à partir de pièces martelées.
Le bronze
Mélange de cuivre et d’étain, le bronze était surtout réservé à la fabrication
des armes.
Le fer
L’Egypte connut l’usage relativement tard dans son histoire. En effet, ne
disposant pas de mines de fer, elle dut se charger de l’importer et son emploi
ne fut véritablement maîtrisé que lorsque les techniques de transformation furent
introduites par les Grecs.
Les métaux précieux
L’
or,
nebou, n’était pas pour les Egyptiens un métal ordinaire.
C’était le métal divin par excellence : l’or était la chair des dieux,
tandis que ses os étaient en argent,
hedj. Il possédait une valeur magique
indéniable et sa prospection a fait l’objet de recherches incessantes même si
l’on en trouvait couramment :
l’or était aussi commun que le sable. Pharaon
récompensait ses valeureux soldats ou ses fidèles serviteurs en distribuant
des colliers d’or et le rôle de ce fabuleux métal joué dans les négociations
politiques ou diplomatiques
n’était pas négligeable. Ainsi dans les rapports
entre l’Egypte et la Nubie, l’or tint un rôle de premier plan : par exemple,
on estime la quantité d’or fournie à l’Egypte par la Nubie à près de 300 kilos.
L’
argent était un métal beaucoup plus rare que l’or. Importé principalement
des pays du Nord, il était surtout utilisé mélangé à l’or pour donner le bel
électrum.
Ce métal appelé aussi or blanc transmettait un grand éclat de pureté aux statues
dans la composition desquelles il pouvait entrer. Cependant, l’on n’a retrouvé
que très peu d’objets faits de ce métal comme peut en témoigner le trésor de
Toutankhamon. Malgré tout, il possédait une très grande valeur puisque le traité
conclu en l’an 21 entre Ramsès I et les Hittites fut signé sur une tablette
d’argent.
Pierres précieuses
Parmi elles, nous pouvons citer les gisements d’aigue-marine, d’émeraude,
de malachite, d’onyx, d’améthyste, de turquoise, de lapis-lazuli.
Autres gisements
La galène aurifère revêtait un caractère de grande utilité. Difficilement
extraite des mines, elle était utilisée une fois réduite en fine poudre, sous
forme de fard (khôl) dont on soulignait les yeux afin d’éloigner mouches et
autres insectes porteurs de maladies oculaires.
Notre parcours ne serait pas complet si l’on ne signalait pas les gisements
de natron de Barnoudji ou du
wadi el-Natroum utilisé sous forme de fumigation, d’eau nitrée
pour les lustrations, de désinfectant et, bien sûr, largement employé dans le
rituel de la momification.
L’on peut citer aussi les gisements de naphte connu dans l’Antiquité sous le
nom d’huile du désert, appelé de nos jours pétrole.

Expéditions
commerciales et moyens d'échange

Les
ressources de l’Egypte ancienne étaient considérables : l’agriculture mise
en valeur dans la Vallée pourvoyait largement aux besoins de ses habitants tandis
que les importantes ressources minières des déserts avaient permis l’émergence
d’une industrie florissante.
Paradoxalement, les matières qui lui faisaient défaut jouèrent un rôle capital
dans l’économie du pays puisqu’elles l’obligèrent, très tôt, à s’ouvrir vers
l’extérieur afin de développer un commerce d’échanges, commerce placé sous le
monopole de l’Etat.
Le bois
La terre d’Egypte n’a jamais produit d’arbres gigantesques aptes à la grande
construction. Pourtant, la variété des essences ne manquait pas : sycomore
pour le mobilier, les sarcophages, cocotier, acacia pour les barques, palmier-dattier
pour les charpentes, aucun de ces arbres ne se prêtait pourtant à la construction
de grande taille. Les bateaux qui évoluaient sur le fleuve tout comme les bateaux
de haute mer nécessitaient de plus grands arbres aux larges troncs que l’on
allait chercher dans de lointaines contrées telles Byblos (cèdre, sapin) ou
le Sud de la Nubie (l’ébène). Dès les premières dynasties thinites, d’impressionnantes
expéditions étaient lancées vers ces pays pour ramener en terre d’Egypte les
bois précieux.
Une des particularités somme toute très originale de l’économie égyptienne,
vint du fait qu’une grande partie de ses importations obéissait à des impératifs
d’ordre religieux : encens, oliban, résine de térébinthe, laudanum autant
de produits rares et précieux dont il fallait approvisionner les temples afin
de perpétuer le culte divin. (Voir
Hatchepsout et son expédition vers le
pays de
Pount).
Les moyens d’échange
Le marché économique tel que nous l’entendons de nos jours n’existait pas
à l’époque pharaonique. En effet, la monnaie n’avait pas cours et tous les échanges
s’effectuaient sur le principe du troc. Ce qui n’allait pas sans poser quelques
problèmes au niveau de certaines transactions. Rappelons que l’économie égyptienne
était très fortement centralisée et placée sous l’égide de l’Etat. Les biens
ne circulaient pas selon les lois classiques vente/achat mais étaient redistribués
après avoir été contrôlés par l’Etat.
Toutefois, quand il pouvait y avoir échange de marchandises, notamment sur les
marchés locaux, les transactions s’effectuaient en fonction de la valeur des
choses à échanger : ainsi un artisan pouvait céder une paire de sandales
contre quelques denrées agricoles. Une maison pouvait être échangée contre son
équivalent en pièces de tissu et un élément du mobilier. Les échanges ont non
seulement porté sur les biens matériels mais aussi sur le travail : un
paysan pouvait échanger deux bêtes contre le travail d’un « esclave ».
Sans avoir connu la monnaie proprement dite, les Egyptiens avaient créé un étalon
monétaire abstrait bien utile pour définir la valeur
des choses. Cette unité était le
shât mais restait une unité purement
idéale. C’était par référence à cet étalon que l’on définissait équitablement
le prix des objets et, pour la majeure partie des transactions les plus importantes,
on s’en remettait à lui. Ainsi, le propriétaire qui voulait vendre un bien immobilier
et qui s’était mis d’accord sur sa valeur en
shât pouvait l’échanger
contres des produits agricoles ou manufacturés de valeur correspondante. Par
contre, dans le cas plus problématique où l’on échangeait des biens de valeur
non équivalente, il fallait se mettre d’accord sur la différence en
shât
et trouver un terrain d’entente.
Il est bien difficile de définir exactement cet étalon monétaire tant il a pu
fluctuer au cours de l’histoire égyptienne et l’on assista même à son déclin
durant le Nouvel Empire. Peut-on seulement supposer :
Sous l’Ancien Empire, le métal de référence était l’or. Un
shât valait
7,5 g d’or et un
deben valait 12
shâts, soit 90 g. Au Nouvel Empire,
l’étalon monétaire fut certainement l’or, l’argent ou le cuivre et l’on assiste
à la naissance d’une nouvelle unité, le
qite qui valait 9 grammes d’or.
Mais l’acheteur ne disposait pas de ces métaux précieux pour régler la transaction,
tout au plus a-t-on pu voir ce mode de règlement sous les derniers Ramsès, triste
conséquence des pillages des tombeaux.
Le Nouvel Empire, ère de prospérité par excellence, a vu l’émergence d’une certaine
catégorie de marchands chargés de prospecter à travers tout le pays à la recherche
de biens commandés par des individus nantis qui cherchaient à se procurer les
nouvelles richesses offertes par l’opulente Egypte.

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